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Communiqué du Jour de la Terre- 22 avril 2020: Une planète Une santé; Réalisant la paix avec la Terre

. . DEVELOPPEMENT DURABLE . .

Un communiqué de Navdanya International pour la coalition planétaire*

La pandémie du virus Covid-19 Corona est un appel de mise en garde planétairede la Terre à l’humanité.

Cela nous rappelle que nous sommes unis avec la Terre, nous ne sommes pas séparés/ées d’elle, que nous ne sommes pas ses maîtres, ses propriétaires et conquistadors, ni que nous sommes supérieurs à d’autres espèces, à l’image de ce dogme anthropocentrique auquel on veut nous faire croire.

La pandémie nous rappelle que nous violons les droits de la Terre et de toutesses espèces pour notre compte et risque, et qu’il serait prudent que nous considérions les connaissances et le savoir ancestraux des peuples autochtones, gardiens de la Terreau cours des temps, dont le profond respect pour la Terre se base sur la conscience d’une interconnexion de toute la vie. Endommager une partie signifie endommager le tout.

Cette pandémie n’est pas un « désastre naturel », de même que la crise de l’extinction des espèces et les phénomènes climatiques extrêmes ne sont pas des « désastres naturels ». Les épidémies de maladies mergentes sont anthropogéniques – causées par les activités humaines.

La Terre est un réseau de vie interconnectée.

L’urgence sanitaire à laquelle nous sommes confrontés en tant que
communauté mondiale est en relation avec l’urgence sanitaire à laquelle est confrontée la Terre : sa constante dégradation, l’extinction et disparition des espèces et l’urgence climatique. Quand nous utilisons des poisons et des agrotoxiques, tels qu’insecticides et herbicides pour tuer insectes et plantes, selon le modèle industriel d’agriculture, nous produisons de la désertification, nous contaminons l’eau, le sol, l’air et nous détruisons la biodiversité. Les agrotoxiques mènent à leur extinction les espèces, y compris les agents pollinisateurs comme constaté avec la drastique diminution des abeilles. Quand nous utilisons des mines métallifères à ciel ouvert nous dépensons des millions de litres d’eau, eau essentielle pour la vie humaine et la nature. Quand nous pratiquons la fracture hydraulique ou « fracking », nous altérons la conformation géologique et augmentons le risque sismique. Quand nous brûlons le carbone fossile que la Terre a fossilisé pendant 600 millions d’années, nous violons les frontières planétaires. En industrialisant et globalisant nos systèmes alimentaires nous contribuons à hauteur de 50% pour ce qui est des gaz à effet de serre et le changement climatique en est la conséquence.

La science nous informe qu’au fur et à mesure que nous envahissons les écosystèmes forestiers, détruisons les habitats des espèces et manipulons les plantes et les animaux pour en tirer des bénéfices, nous créons les conditions en faveur de nouvelles épidémies de maladies. Dans les 50 dernières années, ont surgi jusqu’à 300 nouveaux agents pathogènes. Il est bien connu qu’autour de 70% de pathogènes humains, comprenant VIH, Ebola, MERS et SRAG sont apparus quand les écosystèmes furent perturbés et que les virus passèrent des animaux aux humains.

Quand les animaux sont entassés dans des fermes industrielles pour maximiser leur rapport, de nouvelles maladies comme la grippe porcine et la grippe aviaire surgissent et se propagent. L’agriculture industrielle intensive avec l’usage d’agrotoxiques et les systèmes alimentaires industriels, font naître des maladies chroniques non transmissibles telles que malformations, cancer, altérations endocriniennes, diabète, problèmes neurologiques et infertilité. Avec les infections de Covid-19, la morbidité augmente dramatiquement en lien avec ces conditions préexistantes.

Alors qu’elle affirme nourrir le monde, l’agriculture industrielle a engendré pour des millions d’êtres humains la faim et ce nombre ne cesse de croître avec le blocus mondial et la destruction des milieux de vie.

Notre santé et la santé de la planète ne font qu’un. Respecter les limites de la planète, des écosystèmes et l’intégrité des espèces, est vital pour protéger la planète et notre santé. Les solutions à apporter au changement climatique sont aussi des solutions pour éviter de nouvelles épidémies et maladies. Dans le débat concernant la question du changement climatique on ne peut éviter de considérer à quel point le modèle technologique et économique dominant, basé sur les combustibles fossiles, ne tient compte de la finitude des ressources de la Terre. Une économie mondiale basée sur le mythe de la croissance et l’appétit illimité pour les ressources de la Terre sont les racines de cette crise sanitaire et des futures crises.

La réponse holistique et intégrée à l’urgence sanitaire consiste à faire une transition à partir du paradigme de l’agriculture et du commerce globalisé intensif en combustibles fossiles et produits chimiques , avec sa lourde empreinte écologique, vers des systèmes écologiques locaux et biodiversifiés pour la production et la distribution des aliments, afin de prendre soin de la Terre et de prendre soin de nous-mêmes comme partie intégrante de la Terre.

Notre engagement du Jour de la Terre : Revenir à la Terre, dans nos pensées, dans notre vie.

Pendant la crise du Covid19 et y compris après le confinement, il est et sera indispensable que nous apprenions définitivement à sauver la Terre, ses systèmes climatiques, les droits et espaces écologiques des diverses espèces, et des diverses personnes- indigènes, jeunes, femmes, agriculteurs/trices, travailleurs/euses. Pour la Terre il n’y a pas d’espèces sacrifiables ou jetables. Nous appartenons tous à la Terre et formons part de la Terre.

Pour éviter de futures pandémies, des famines futures et un possible scénario de personnes sacrifiées, nous devons aller au-delà du système économique globalisé, industrialisé et compétitif, qui est en train de stimuler le changement climatique, poussant les espèces à leur extinction et propageant des maladies qui menacent la vie.

Au contraire un système basé sur la localisation, laisse de l’espace pour que prospèrent les diverse espèces, les diverses cultures et les diverses économies locales vivantes. Nous devons passer d’une économie de la cupidité et de la croissance illimitée, de la compétence et de la violence, qui nous ont conduits à une crise existentielle, à une « Economie du soin » – pour la Terre, pour toutes les personnes et pour toutes les espèces vivantes.

Nous devons réduire notre empreinte écologique, pour laisser une part juste à d’autres espèces, à tous les humains et générations futures. Nous devons abandonner l’idée de considérer les biens communs de la nature comme des « ressources », abandonner la vision utilitaire, coloniale, capitaliste et anthropocentrique qui nous a appris à nommer les biens de la nature : « ressources naturelles ». C’est seulement ainsi que nous pourrons réduire consciemment notre empreinte écologique : en agissant avec responsabilité comme les ancêtres du futur.

L’urgence sanitaire et le confinement, ont démontré que lorsqu’il y a une volonté politique, nous pouvons « déglobaliser ». Rendons permanente cette déglobalisation de l’économie et relocalisons la production en accord avec la philosophie de Gandhi du « Swadeshi »( basée sur des principes d’autogouvernement et d’autosuffisance). Comme le montre la pandémie, ce sont les communautés alimentaires locales qui peuvent donner et distribuer des aliments avec régularité, pendant que les chaînes alimentaires globalisées , dans certaines parties du monde, se sont écroulées mais aussi ont spéculé avec l’augmentation du prix des aliments.

Ainsi contrairement à ce que l’on nous fait croire, ce n’est pas la globalisation qui protège des famines, elle qui les produit et les aggrave, mais bien la souveraineté alimentaire des peuples qui permet aux personnes, au niveau communautaire d’avoir le droit de produire, de choisir et de consommer des aliments adaptés, sains et nutritifs en vertu d’accords et de prix justes pour la production et les échanges locaux.

L’esprit mécaniste qui domine nos sociétés, crée des bénéfices sociétaires et personnels. Les grandes sociétés et les multimillionnaires qui ont déclaré la guerre à la Terre et ont créé les principales crises du monde, se préparent maintenant à l’intensification de l’agriculture industrielle à travers la digitalisation et l’intelligence artificielle. Ils sont en train d’imaginer un futur pour l’agriculture sans agriculteurs, et un futur de faux aliments produits en laboratoires. Cela va approfondir la crise écologique, en détruisant la biodiversité et en majorant notre séparation de la Terre.

La nourriture est le lien avec la vie et vouloir faire la paix avec la Terre, cela commence par la nourriture. Nous revenons à la Terre quand nous prenons soin du sol et de la biodiversité. Souvenons- nous que nous sommes des humains parce que du sol (de l’« humus »). C’est seulement en travaillant de concert avec la Terre, cerveaux, cœurs, et mains créant à l’unisson, que nous pourrons la protéger et qu’elle pourra nous pourvoir nous et les autres espèces, d’aliments sains.

(Voir suite sur colonne de droite. . . )

(Cliquez ici pour une version anglaise de cet article ou ici pour une version espagnole.)

Questions for this article:
 
What is the relation between movements for food sovereignty and the global movement for a culture of peace?

How can we work together to overcome this medical and economic crisis?

(. . . suite)

Comme notre expérience nous l’a prouvé, et en accord avec d’autres organisations et réseaux de conscientisation sur la Terre pour la Liberté des Semences et la Liberté des Aliments, les systèmes d’aliments organiques locaux et biodiversifiés régénèrent les sols, l’eau et la biodiversité, et fournissent des aliments sains pour toutes et tous et renforcent le système immunologique humain. La richesse de la biodiversité dans nos forêts, nos fermes, nos aliments et notre microbiote intestinal connectent la planète et ses diverses espèces, y compris les êtres humains. Ainsi la santé se transforme en fil conducteur, tout comme nous le montre aujourd’hui la maladie du coronavirus.

La guerre contre la Terre est une guerre contre l’avenir de l’humanité.

Toutes les urgences qui menacent la vie de notre temps prennent racine dans une vision mécaniste, militariste et patriarcale du monde, dans laquelle les humains sont séparés de la nature, sont les propriétaires d’une Terre où ils peuvent manipuler et contrôler d’autres espèces réduites à des objets liés à des bénéfices. Ce modèle économique voit dans les limites écologiques et éthiques des obstacles à éliminer pour garantir bénéfices et pouvoirs effrénés des grandes sociétés.

Les prédictions scientifiques indiquent que si nous n’arrêtons pas cette guerre anthropogénique contre la Terre et son espèce, nous détruirons sous peu les conditions favorables ayant permis aux humains d’évoluer et de survivre. La cupidité, l’arrogance et l’irresponsabilité humaines, nous conduisent vers la prochaine pandémie et finalement vers l’extinction.

La Terre reflète ce que nous sommes. Elle nous montre son interconnexion et nous appelle à commencer à reconnaître ses diverses intelligences vivantes : dans le réseau alimentaire du sol, dans les plantes et animaux et dans nos aliments. La Terre nous a envoyé cet invisible virus pour nous aider à faire le pas et à créer une nouvelle civilisation planétaire et écologique basée sur l’harmonie avec la nature ; à l’heure actuelle c’est un impératif pour notre survie.

Notre résolution

En signant ce manifeste nous nous engageons, comme coalition planétaire, à exercer pression et exhortation sur les autorités et représentants des gouvernements de chacun de nos pays, de chacune de nos villes et communautés, de chacun de nos villages, pour qu’ils abandonnent ce paradigme écocide qui actuellement régit nos modèles de productivité en faveur d’un paradigme dans lequel la responsabilité écologique et la justice économique soient fondamentales pour créer l’avenir heureux et la saine survie de l’humanité.

La véritable action pour le changement climatique signifie de laisser loin derrière, notre civilisation basée sur le pétrole et son extraction avaricieuse, et d’initier une nouvelle ère d’interconnexion et de protection de la Terre. Nous demandons l’appui concerté des communautés, territoires et nations qui placent l’écologie au centre d’un paradigme d’une nouvelle et juste économie de la protection et du soin de la Terre.

En ce Jour de la Terre, demandons des excuses pour le mal que nous avons causé à la Terre avec cette illusion de la séparation, créant des paradigmes violents et des outillages qui ont fait la guerre contre Elle. Sachons apprécier sa magnificence et sa beauté qui élèvent nos esprits et engageons- nous à faire la paix avec la Terre et toutes ses espèces en co-créant avec elle sur la base de ses lois de la vie.

La Terre nous a donné un clair message à travers la pandémie du Coronavirus. Il est de notre impératif moral de profiter de ce moment dans le temps pour faire une transition vers une civilisation écologique pour que nous semions les semences d’un futur commun pour l’humanité et tous les êtres.

Ensemble, nous nous élevons en tant qu’enfants de la Terre!

Un appel à l’action- une planète, Un salut

Il est l’heure d’abandonner nos systèmes économiques intensifs en ressources et bénéfices qui ont créé des ravages dans le monde, altérant les écosystèmes de la planète et excavant les systèmes de santé, justice et démocratie de la société.

La pandémie du coronavirus et en conséquence l’effondrement économique mondial, tout comme l’effondrement des vies et des moyens de subsistance de millions de personnes nous appellent à prendre des mesures urgentes.

Préparons-nous pour une récupération de l’après virus dans laquelle la santé et le bien être de tous les peuples et de la planète soient le centre de toutes les politiques soient le centre de toutes les politiques gouvernementales et institutionnelles, la construction de communautés et l’action civique.

Les actions pour semer les nouvelles semences d’une Démocratie de la Terre incluent :

> Promouvoir et protéger la richesse de la biodiversité dans nos forêts, nos fermes et nos aliments pour empêcher la destruction de la Terre et la sixième extinction de masse.

> Promouvoir les aliments locaux, biologiques et sains à travers des systèmes locaux biodiversifiés et des cultures et des économies de protection (marchés d’agriculteurs, bio-districts).

> Ne plus subventionner l’agriculture industrielle et les systèmes insalubres qui créent plus de maladies. Les subventions publiques doivent se réorienter vers des systèmes basés sur l’agroécologie et la conservation de la biodiversité, qui procurent des bénéfices pour la santé et protègent les biens communs.

< Mettre fin aux subventions et aux nouveaux investissements dans le secteur des combustibles fossiles, y compris les entrées agricoles basées sur des combustibles fossiles, comme s’agissant d’une vraie action climatique.

< Arrêter de favoriser la nourriture « poubelle » industrielle et les systèmes d’aliments insalubres, ultra dénoncés, basés sur des produits basiques toxiques et nutritionnellement creux.

< Mettre fin aux monocultures, à la manipulation génétique des plantes, et à l’élevage industriel d’animaux, qui développent une résistance aux antibiotiques et propagent des facteurs pathogènes.

< Empêcher la déforestation qui s’étend exponentiellement à travers les monocultures industrielles en faveur de Sociétés. Les forêts sont les poumons de la Terre.

< Pratiquer une agriculture durable basée sur l’intégration de la diversité des cultures, arbres et animaux.

< Sauver, cultiver et reproduire des variétés de semences traditionnelles pour sauvegarder la biodiversité. C’est nécessaire de les conserver non comme pièces de musée en banques de germoplasma mais comme banques de semences vivantes qui fonctionnent comme base d’un système de protection de la santé.

< Créer des zones, communautés, fermes, et systèmes alimentaires libres de poisons.

< Introduire des politiques pour évaluer les coûts des atteintes à la santé et à l’environnement causés par les produits chimiques et promouvoir le principe selon lequel « qui contamine, paie » !

< La santé doit être prioritaire sur les intérêts des entreprises qui utilisent des produits chimiques pour l’alimentation et l’agriculture. Le principe de précaution doit être promu.

< Transition de la globalisation à la localisation et rendre permanente la déglobalisation. Empêcher la prise de possession des Sociétés en ce qui concerne l’alimentation et la santé.

< Introduire des économies circulaires locales qui augmentent le bien être et la santé des personnes.

< Créer des Jardins d’Espoir, des Jardins de Santé, partout, – dans les communautés, les écoles, les prisons, les hôpitaux, à la ville, à la campagne.

< Abandonner la « croissance » et le PIB comme mesures de santé de l’économie. Le PIB se base sur l’extraction des ressources de la nature et la richesse de la société.

< Adopter le bien être des citoyens comme mesure de la santé de l’économie. Nous espérons que vous vous unirez à nous dans cette transformation pour l’espoir et la protection de la Terre.

Pour aider, utilisez ce lien et invitez vos amis et réseaux à agir.

* * * * * * * *

* La coalition planétaire comprend, entre autres, Navdanya International,  Naturaleza de Derecho, Health of Mother Earth Foundation, Ifoam, Regeneration International, Third World Network, International Forum on Globalization, Biovision, Sarvodaya Movement, SAM-Sahabat Alam Malaysia and CAP-Consumers Association of Penang, Council of Canadians, Initiative for Health and Equity, Diverse Women for Diversity, Isde-International Society of Doctors for the Environment, Terra de Direitos, Conamuri – Organización de Mujeres Campesinas e Indígenas, Acción Ecológica.  Des leaders renommés, des scientifiques et des écologistes se joignent également à l’appel, notamment Vandana Shiva, Nnimmo Bassey, Fernando Cabaleiro, Jerry Mander, Adolfo Perez Esquivel, Maude Barlow, André Leu, Hans R Herren, Satish Kumar.

Amnesty International: Une génération de jeunes militant·e·s reprend le flambeau contre le durcissement de la répression en Asie

DROITS DE L’HOMME .

Un article de Amnesty International

Une vague de manifestations initiées par la jeunesse en Asie brave la répression croissante qui s’abat sur tout le continent, notamment sur la liberté d’expression et de réunion pacifique, a déclaré Amnesty International le 29 janvier 2020 à l’occasion de la publication de son rapport annuel sur la situation des droits humains dans la région.

Intitulé Human Rights in Asia-Pacific: Review of 2019, il présente une analyse précise de l’évolution des droits humains dans 25 États et territoires, et illustre la lutte de toute une nouvelle génération de militants et militantes contre la violente répression visant la dissidence, les campagnes toxiques orchestrées sur les réseaux sociaux et la censure politique généralisée.

« 2019 fut en Asie une année de répression, mais aussi de résistance. Alors que les gouvernements à travers le continent s’efforcent de déraciner les libertés fondamentales, les citoyens se mobilisent – et les jeunes sont en première ligne de la lutte, a déclaré Nicholas Bequelin, directeur régional d’Amnesty International pour l’Asie de l’Est, l’Asie du Sud-Est et le Pacifique.

« Des étudiant·e·s de Hong Kong qui protestent en masse contre la mainmise croissante de la Chine sur la région administrative aux étudiant·e·s d’Inde qui manifestent contre les politiques hostiles aux musulmans, des jeunes électeurs et électrices thaïlandais venus gonfler les rangs d’un nouveau parti d’opposition aux manifestant·e·s pour l’égalité des personnes LGBTI à Taïwan : en ligne et sur le terrain, les mouvements populaires menés par la jeunesse remettent en cause l’ordre établi. »

La résistance de Hong Kong résonne à travers le monde

La Chine et l’Inde, les deux grandes puissances d’Asie, ont donné le ton de la répression
dans la région en rejetant ouvertement les droits humains. Le soutien de Pékin au projet de loi sur l’extradition à Hong Kong, texte conférant au gouvernement local le pouvoir de transférer des suspects vers la Chine continentale, a suscité un mouvement de protestation d’une ampleur sans précédent sur le territoire.

Depuis le mois de juin, une partie de la population de Hong Kong descend régulièrement dans les rues pour réclamer le respect de l’obligation de rendre des comptes face aux méthodes brutales de maintien de l’ordre, notamment l’utilisation injustifiée de gaz lacrymogènes, les arrestations arbitraires, les agressions physiques et les atteintes aux droits humains en détention. Cette lutte contre l’ordre établi a fait ricochet sur tout le continent.

En Inde, des millions de personnes ont contesté une nouvelle loi discriminatoire à l’égard des musulmans et manifesté pacifiquement. En Indonésie, des citoyens et citoyennes se sont rassemblés pour protester contre la promulgation par le Parlement de plusieurs lois menaçant les libertés publiques. En Afghanistan, les manifestant·e·s se sont mis en danger pour exiger la fin du conflit qui sévit de longue date dans le pays. Au Pakistan, le Mouvement pour la protection des Pachtounes (PTM), mouvement non violent, a défié la répression étatique pour se mobiliser contre les disparitions forcées et les exécutions extrajudiciaires.

La dissidence se heurte à la répression

Les contestations et la dissidence pacifiques ont fréquemment fait l’objet de représailles de la part des autorités.

Les manifestant·e·s ont été confrontés aux arrestations et à l’incarcération au Viêt-Nam, au Laos, au Cambodge et en Thaïlande, les gouvernements répressifs en Asie du Sud-Est ayant pris diverses mesures pour réduire au silence leurs opposants et museler les médias.

En Indonésie, plusieurs personnes ont trouvé la mort lorsque la police a réprimé des manifestations en faisant usage d’une force excessive. Pourtant, les autorités n’ont pas fait grand-chose pour amener les responsables présumés à rendre des comptes. Aucun policier n’a été arrêté ni aucun suspect identifié.

Au Pakistan et au Bangladesh, des militant·e·s et des journalistes ont été pris pour cibles par des lois draconiennes qui restreignent la liberté d’expression et sanctionnent la dissidence en ligne.

(Cliquez ici pour une version espagnole de cet article, ou ici pour une version anglaise.)

Question(s) related to this article:

What is the state of human rights in the world today?

Et à Hong Kong, pour écraser les manifestations pacifiques, la police a employé des méthodes dangereuses sans discrimination, notamment la torture en détention. Les demandes d’ouverture d’une enquête digne de ce nom sur la conduite des forces de l’ordre n’ont toujours pas été entendues.

« Les manœuvres des autorités visant à écraser toute forme de critique et à bâillonner la liberté d’expression s’avèrent tout aussi impitoyables qu’imprévisibles, et les personnes osant s’exprimer contre ces gouvernements répressifs en paient souvent le prix fort, a déclaré Biraj Patnaik, directeur pour l’Asie du Sud à Amnesty International.

« Les autorités répondent aux habitant·e·s de la région Asie-Pacifique que leurs aspirations à des sociétés plus équitables sont fantaisistes, qu’il est impossible de remédier aux inégalités économiques, que le réchauffement climatique est inexorable et les catastrophes naturelles inévitables. Surtout, la population s’entend dire que remettre en cause ce discours ne sera pas toléré », a déclaré Biraj Patnaik.

Les minorités sentent le poids d’un nationalisme intolérant

En Inde et en Chine, le simple risque d’insubordination dans des régions théoriquement autonomes a suffi à déclencher la répression d’État, les minorités étant commodément taxées de menaces pour la « sécurité nationale ».

Dans la province chinoise du Xinjiang, jusqu’à un million de Ouïghours et d’autres membres de minorités ethniques à majorité musulmane ont été enfermés de force dans des camps de « déradicalisation ».

Le Cachemire, seul État indien à majorité musulmane, a vu son statut particulier d’autonomie révoqué, lorsque les autorités ont imposé le couvre-feu, coupé l’accès à toutes les communications et arrêté les leaders politiques.

Au Sri Lanka, où des violences contre la population musulmane ont éclaté au lendemain des attentats du dimanche de Pâques, l’élection du président Gotabaya Rajapaksa a affaibli les espoirs d’avancées en termes de droits humains. Un autre homme fort autoproclamé, le président philippin Rodrigo Duterte, a poursuivi sa « guerre contre la drogue » meurtrière.

Les gouvernements ont tenté de justifier la répression en diabolisant leurs détracteurs et en les faisant passer pour des pions des « puissances étrangères », et ils ont renforcé cette répression au moyen de campagnes sophistiquées sur les réseaux sociaux. Ni l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE) ni l’Association sud-asiatique pour la coopération régionale (ASACR), les deux principaux organismes de la région, n’ont tenté d’amener leurs membres à rendre des comptes, même en cas de violations flagrantes des droits humains.

Il échoit à la Cour pénale internationale d’enquêter sur les crimes contre l’humanité commis contre les Rohingyas par l’armée du Myanmar dans l’État d’Arakan en 2017. La Cour examine également les milliers d’homicides commis par des policiers aux Philippines, ainsi qu’un appel de sa décision de refuser l’ouverture d’une enquête sur des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité en Afghanistan.

Par ailleurs, dans le Pacifique, du fait de la politique de détention à l’étranger menée par l’Australie, des personnes réfugiées ou demandeuses d’asile croupissent dans des conditions physiques et psychologiques se dégradant, sur l’île de Manus, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, et à Nauru.

Des avancées contre toute attente

Les personnes qui dénoncent ces atrocités sont régulièrement sanctionnées, mais leur mobilisation fait la différence. Dans de nombreux cas, les initiatives visant à faire progresser les droits humains en Asie se sont avérées payantes.

À Taïwan, le mariage entre personnes de même sexe est devenu légal, grâce au travail de campagne soutenu mené par les militant·e·s. Au Sri Lanka, des avocat·e·s et des militant·e·s ont mené avec succès une campagne contre la reprise des exécutions.

Le Brunéi Darussalam a été contraint de faire marche arrière quant à l’application de lois rendant l’adultère et les relations homosexuelles passibles de lapidation, tandis que l’ancien Premier ministre de Malaisie, Najib Razak, a été traduit en justice pour corruption – une première.

Le gouvernement pakistanais a promis de lutter contre le dérèglement climatique et la pollution de l’air et, pour la première fois, deux femmes ont été nommées juges pour siéger à la Cour suprême des Maldives.

À Hong Kong, la force de la contestation a contraint le gouvernement à retirer le projet de loi sur l’extradition. Pourtant, l’obligation de rendre des comptes étant bafouée pour les violences infligées aux manifestant·e·s depuis des mois, la lutte continue.

« En 2019, en Asie, les personnes qui manifestaient ont été blessées, mais pas brisées. Elles ont été muselées, mais pas réduites au silence. Et ensemble, elles ont adressé un message de résistance aux gouvernements qui continuent de bafouer les droits humains dans le but de consolider leur mainmise sur le pouvoir », a déclaré Nicholas Bequelin.

Bonita, une jeune actrice du changement, inspire des filles et des femmes au Népal grâce à l’éducation

. EGALITE HOMMES/FEMMES .

Un article de l’UNESCO

Bonita Sharma est une jeune actrice du changement au Népal. Elle a participé au projet « Female Champions Fellowship », une plate-forme d’apprentissage intensif pour les jeunes femmes qui bénéficie du soutien du Fonds Malala de l’UNESCO pour le droit des filles à l’éducation. En tant que « Championne », elle a contribué à l’autonomisation des filles et des femmes au Népal grâce à son projet sur l’éducation nutritionnelle. L’éducation des filles est une priorité pour Bonita et elle travaille avec sa communauté pour faire en sorte que toutes les filles dans son pays aient la chance d’apprendre.  


Video de Bonita en Nepal

Au Népal, toutes les filles n’ont pas la chance d’aller à l’école. En quoi penses-tu que l’éducation transforme des vies ? Comment a-t-elle transformé ta vie ?

Je pense que l’éducation influe sur la vie entière d’une fille.

Une fillette qui a accès à une éducation de qualité deviendra une adolescente confiante, consciente d’elle-même et de son entourage. Adulte, elle prendra des décisions éclairées et indépendantes concernant sa santé, sa carrière et sa famille (par exemple sur le mariage et la reproduction). En tant que mère éduquée, elle ouvrira la voie à la prochaine génération de filles qui auront un meilleur avenir.

Je me sens privilégiée d’avoir eu la chance de recevoir une bonne éducation, sans aucune discrimination. Cela m’a permis de devenir une jeune actrice du changement dans ma communauté. L’éducation m’a donné les moyens de donner aux autres les moyens d’agir.

Grâce au Fonds Malala de l’UNESCO pour le droit des filles à l’éducation, tu donnes aux filles et aux femmes au Népal les moyens d’accéder à une éducation axée sur l’alimentation et la santé. Quel a été l’impact de ton projet sur les jeunes et leurs communautés ?

Mon équipe et moi-même avons déjà atteint des centaines de filles et de garçons, de femmes et d’hommes au Népal, à travers mon projet Action for Nutrition. Nos programmes n’ont pas seulement amélioré leurs connaissances sur la santé et l’alimentation, mais nous avons également pu libérer leur créativité, leur confiance et leur sens des responsabilités.

(Cliquez ici pour une version espagnole de cet article ou ici pour une version anglaise.)

Pregunta(s) relacionada(s) al artículo

Does the UN advance equality for women?

Manamaya Gurung, une élève de l’école Shree Indreshwori dans le district de Sindhupalchok, ne se sentait pas à l’aise pour parler de la menstruation. Après avoir participé à notre programme éducatif, elle était capable d’expliquer l’hygiène menstruelle aux visiteurs avec confiance durant notre manifestation Swasthya Mela (exposition sur la santé).

C’est vraiment gratifiant de voir des jeunes filles comme Manamaya devenir des émissaires dans leur propre communauté, en surveillant les pratiques de leurs familles, groupes de camarades et membres de la communauté en matière de santé, d’alimentation et d’hygiène. De même, après avoir participé à nos programmes, les enseignants, les mères, les pères et les femmes agents de santé communautaires bénévoles ont adopté une attitude plus responsable vis-à-vis du problème de la malnutrition, de la consommation de « junk food » et de la mauvaise hygiène.

Nous parlons souvent de l’importance des modèles féminins pour les filles et leur éducation. En tant que Championne, qui t’as inspirée à devenir qui tu es ?

Ma mère venait seulement d’achever ses études secondaires lorsqu’elle s’est mariée avec mon père. À l’époque, la société attendait des femmes qu’elles abandonnent leurs études pour s’occuper de leur famille. Ma mère n’a pas renoncé à son rêve d’obtenir un diplôme supérieur. Elle a atteint son objectif malgré toutes les critiques, les obstacles et les difficultés.

Dès mon plus jeune âge, j’ai pu voir la persévérance de ma mère et le soutien de mon père. Le fait d’avoir grandi dans cet environnement m’a permis de devenir la Championne que je suis aujourd’hui. Ma mère m’a appris la détermination et l’importance de l’éducation. Je suis convaincue que nous avons besoin de ces modèles dans nos maisons, nos écoles et nos communautés pour nous inspirer dès not

Quels sont tes futurs projets en tant que Championne ?

Grâce à mon projet, je fais de petits pas pour contribuer aux Objectifs de développement durable et garantir une éducation de qualité pour tous, parce qu’il reste encore beaucoup à faire. J’ai également fondé Social Changemakers and Innovators (SOCHAI) pour améliorer la santé nutritionnelle des femmes et des jeunes enfants au Népal et autonomiser les femmes marginalisées en leur offrant des opportunités économiques.

Dans les prochains jours, je prévois d’élargir nos programmes dans tout le Népal grâce à un soutien et à une collaboration multisectoriels, aussi bien au niveau des politiques que sur le terrain. En intégrant la santé, l’alimentation, le genre, l’entrepreneuriat, l’innovation, la technologie et les infrastructures dans l’éducation, j’ai pour objectif, à l’avenir, d’autonomiser des millions de filles et de femmes.

Quels conseils donnerais-tu aux filles et aux femmes à travers le monde ?

L’éducation est la clé pour surmonter les obstacles et atteindre notre plein potentiel dans la vie. Elle est essentielle au changement positif que nous attendons tous dans le monde. Comme l’a dit Malala, « Un enfant, un enseignant, un livre et un stylo peuvent changer le monde ». Alors, prenons nos livres et nos stylos.

5 millions d’Indiennes forment une chaîne de 620 kilomètres pour les droits des femmes

. EGALITE HOMMES/FEMMES .

Un article de Solidaire

Un événement admirable s’est produit ce 1er janvier dans l’État indien du Kerala, dans le sud-ouest du pays : cinq millions de femmes ont formé une chaîne humaine de 620 kilomètres, allant de Thiruvananthapuram, la capitale provinciale, à Kasaragod, dans le nord de l’État. Ces millions de femmes se sont rassemblées, poing fermé, le long des routes et autoroutes. Les oratrices ont dénoncé le sexisme et la discrimination. Des milliers d’hommes ont montré leur solidarité en formant une seconde chaîne humaine.


Video from @Cyt.Vishwa

L’événement a été l’initiative de plusieurs organisations religieuses et de la société civile, rassemblées par le CPI(M), c’est-à-dire le Parti communiste d’Inde (marxiste), à la tête du gouvernement de l’État du Kerala.

Femmes « impures »

L’action trouve son origine dans le débat houleux sur le droit des femmes à pénétrer dans un temple hindou du célèbre lieu de pèlerinage de Sabarimala. D’après la croyance hindoue, les femmes qui ont leurs menstruations sont « impures » et l’accès au temple leur est donc interdit. La Cour suprême indienne avait levé cette interdiction dans un jugement rendu en septembre 2018, réaffirmant le droit constitutionnel des femmes à fréquenter librement les lieux de culte au même titre que les hommes. C’est également la position défendue par le gouvernement du Kerala, mais les femmes qui ont pénétré dans le temple ont été violemment attaquées par des hommes ultraconservateurs malgré la protection policière supposée leur garantir l’accès.

(Voir suite sur colonne de droite. . . )

(Cliquez ici pour un article en anglais de ce sujet ou ici pour un article en espagnol .)

Questions for this article:

Prospects for progress in women’s equality, what are the short and long term prospects?

(. . . suite)

Des ministres du gouvernement indien de Narenda Modi (du BJP, parti hindou au gouvernement au niveau national) ont jeté de l’huile sur le feu en appelant publiquement  les fidèles du temple à s’opposer au verdict de la Cour suprême en interdisant l’accès du temple aux femmes.

Pinarayi Vijayan (CPI(M)), le Premier ministre du Kerala, a déclaré : « La défense active des droits de femmes fait partie de notre lutte des classes. Cette initiative est des plus nécessaires pour protéger la tradition progressiste de notre État à un moment où le BJP du Premier ministre Modi menace de renvoyer l’Inde à un siècle d’obscurantisme. »

Écrire l’histoire

La ministre de la Santé publique du Kerala, K.K. Shailaja, occupait la position de « premier maillon » de la chaîne, celle de « dernier maillon » revenant à Brinda Karat, membre du bureau politique du CPI(M). Celle-ci a déclaré que les femmes du Kerala avaient écrit l’histoire et envoyé un message fort dans toute l’Inde.

Dans certaines régions, des femmes ont été attaquées par des organisations communautaires liées au BJP. Mais le succès du « mur des femmes » tient bon, démontrant l’important isolement du BJP au Kerala.

Le long des autoroutes, la chaîne a rassemblé les femmes dans toute leur diversité, jeunes ou âgées, de la campagne ou des villes, paysannes ou médecins, activistes, artistes… Toutes, elles se sont engagées dans la lutte pour l’égalité des genres.

Ce combat est plus que nécessaire. En effet, les organisations de défense des droits humains placent l’Inde en tête de la liste des pays où il ne fait pas bon naître femme, notamment en raison des infanticides à l’encontre des bébés filles, de l’esclavage des enfants, de la violence domestique et de la culture du viol, monnaie courante dans le pays.

Le lauréat du prix Nobel prend la tête d’une marche homérique à travers l’Inde en faveur de la sécurité des enfants

DROITS DE L’HOMME .

Un article de Internationale de l’Education

Lorsque Kailash Satyarthi prend un engagement, rien ne peut l’arrêter, comme le montre la réponse de millions de personnes à son appel à mettre fin aux abus sexuels et la traite des enfants dans la plus grande marche qu’a connu le pays.

Le mois dernier, un nombre estimé à plus de 10 millions d’Indiens ont exprimé leur opposition aux abus subis par les enfants en marchant en masse à travers le pays.

Lancée par le lauréat du prix Nobel de la Paix, Kailash Satyarthi, Bharat Yatra, une marche visant à mettre fin aux abus sexuels et à la traite des enfants, a parcouru plus de 11.000 km à travers 22 Etats et territoires de l’Union, du 11 septembre au 16 octobre. 

« Le crime dont sont victimes nos enfants n’est pas ordinaire. Il s’agit d’une épidémie morale qui hante notre pays ainsi que le reste du monde que nous ne pouvons tolérer. Nous devons, en tant que nation, rompre notre silence, élever notre voix et nous unir », a déclaré Satyarthi.

(Voir suite sur colonne de droite. . . )

Questions for this article:

How to stop violence against children?

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C’est à Delhi, dernière étape de la marche, que Satyarthi s’est exprimé devant des milliers d’étudiant(e)s qui se sont engagé(e)s à soutenir la campagne. Il a été rejoint, à la fin de la marche, par le Secrétaire général de l’Internationale de l’Education Fred van Leeuwen, ami et partisan de longue date. Ensemble, Satyarthi, van Leeuwen et Sylvia Borren ont créé la Campagne mondiale pour l’éducation.

Assurer la sécurité des enfants en Inde est un immense défi. La campagne a sensibilisé l’opinion sur le fait que, chaque jour, 40 enfants étaient violés et 48 autres subissaient des abus sexuels, tandis que des centaines de milliers de mineur(e)s étaient victimes de la traite à des fins abominables.

La campagne vise avant tout à exhorter le gouvernement à intervenir davantage pour que la sécurité des enfants figure en tête des priorités.

Celle-ci a réuni des personnes de tous horizons, des milieux économiques et politiques, aux groupes de femmes et d’enseignant(e)s, en passant par les responsables religieux, les enfants et les parents.

(Merci à Janet Hudgins, le reporter de CPNN pour cet article.)

(Cliquez ici pour une version anglaise de cet article et ici pour une version en espagnol.)

En Inde, la révolution énergétique n’attend pas !

. . DEVELOPPEMENT DURABLE . .

Un article par Auguste Bergot pour La Releve et la peste

Depuis l’Accord de Paris, l’Inde a su prendre ses engagements très au sérieux. Pour le 3ème pays le plus consommateur d’énergie au monde, la transition énergétique a été, en un sens, une aubaine : elle lui a permis de concilier ses objectifs de développement – en rendant accessible l’électricité à l’ensemble de sa population – et sa volonté de s’affirmer comme « une superpuissance des énergies renouvelables » à l’échelle mondiale. En développant massivement son parc de panneaux photovoltaïques, l’Inde est d’ores et déjà parvenue à dépasser toutes nos attentes, et n’est pas prête à s’arrêter en si bon chemin.


(Centrale photovoltaïque de Khilchipur (Madhya Pradesh, Inde) de 30 MWc, mise en service en 2014. Crédits : EDF EN)
(Cliquez sur l’image pour l’élargir)

L’Inde compte plus d’1,3 milliards d’habitants. Dans ce pays où le ventilateur est un indispensable du quotidien, les habitants affichent une augmentation de la demande d’électricité à peu près similaire à la France ou à l’Allemagne. En revanche, au niveau des quantités, en 2014, les habitants consommaient en moyenne 805,6 kWh contre 6 937 kWh en France et 7 035 kWh en Allemagne, une différence énorme qui traduit de lourdes inégalités quant à l’accès à l’électricité en Inde.

En effet, environ 240 millions d’Indiens (soit près de 2% de la population) n’ont toujours pas accès à l’électricité. Il s’agit d’un problème majeur dans la mesure où, encore aujourd’hui, de nombreux Indiens ne peuvent s’éclairer le soir, empêchant les enfants d’étudier ou posant des problèmes de conservation des aliments. C’est pourquoi, avec l’engagement de la COP21 l’Inde s’est fixée pour objectif d’alimenter l’ensemble de sa population 24 heures sur 24 d’ici 2030.

Pour répondre à cet objectif, l’Inde aurait pu simplement se reposer sur les sources d’énergie conventionnelle, et notamment sur le charbon, sa source d’énergie traditionnelle. A l’inverse, elle a décidé de s’investir pleinement (et à vitesse grand V) dans les énergies renouvelables, et particulièrement l’énergie solaire. Elle mise ainsi sur l’un de ses atouts majeurs : avec 300 jours d’ensoleillement par an en moyenne, elle est particulièrement apte à développer ce secteur. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle elle est la chef de file de l’Alliance solaire internationale, une coalition de 121 pays situés entre le Tropique du Capricorne et le Tropique du Cancer, qui vise à « généraliser l’énergie solaire dans le monde et mobiliser 1 000 milliards de dollars d’investissements d’ici 2030 [investis par la Banque mondiale] » en exploitant au mieux le potentiel photovoltaïque des pays du Sud.

Il semblerait en outre que les investisseurs aient bien cerné le profil avantageux de l’Inde puisque, comme le souligne la Banque mondiale, « lors de son dernier appel d’offres, pour un projet solaire dans le désert du Rajasthan, le pays a obtenu un tarif plancher record de 2,44 roupies (l’équivalent de 4 cents) le kilowattheure. » Ainsi, le prix de l’énergie solaire est d’ores et déjà plus compétitif que celui du charbon, une excellente nouvelle pour la tendance amorcée vers une sortie progressive du charbon (qui compose encore aujourd’hui 69% du mix énergétique indien).

(Voir suite sur colonne de droite. . . )

(Cliquez ici pour une version anglaise de cet article.)

Question for this article:

Are we making progress in renewable energy?

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Alors que le précédent gouvernement avait affiché un objectif timide de 22 gigawatts pour 2022, le ministre de l’Energie du gouvernement indien de Narendra Modi, Piyush Goyal, estime quant à lui « qu’il n’est pas très difficile d’envisager que l’Inde installe 10 GWc de photovoltaïque par an et de 6 à 8 GW d’éolien chaque année. » L’objectif a ainsi tout simplement été multiplié par 7 : 160 GW d’énergie éolienne et solaire d’ici 2022. Toutefois, malgré les efforts sans précédents fournis par l’Inde, il semble difficile d’imaginer que l’Etat parvienne à atteindre son objectif.

En effet, même si la progression de la filière photovoltaïque est spectaculaire en Inde (+632 % en 2011, +154 % en 2012, +64 % en 2013 et +43 % en 2014), elle ne disposait encore en 2016 que d’une capacité de production de 9,01 GW, sur les 100 GW des 160 prévus pour 2022… On peut toutefois affirmer sans réserve que l’objectif de 22 GW fixé par l’ancien gouvernement sera pulvérisé si l’Inde suit cette dynamique. Mais, loin de suffire à détrôner le secteur des énergies fossiles, il faudra que l’Inde s’arme de patience et de volonté pour espérer atteindre ses objectifs. On estime d’ailleurs que les émissions indiennes de gaz à effet de serre continueront d’augment au moins jusqu’en 2030, avant que ses efforts n’aient un impact visible.

Le triple problème auquel doit faire face l’Inde aujourd’hui est alors de parvenir à concilier son engagement en faveur de la transition énergétique, avec sa volonté d’apporter l’électricité à toute la population et celle de répondre aux besoins d’une économie en plein développement. Ainsi, les mesures mises en place par le gouvernement Modi, notamment concernant le doublement de la taxe sur le charbon et l’aide à la fermeture des centrales de charbon de plus de 25 ans, sont à la fois un pas de plus vers la révolution énergétique et une épine dans le pied pour le développement de l’industrie indienne.

Un article publié par La Tribune souligne également que « si l’Inde fait figure de nouvel eldorado pour les énergies renouvelables, un coût du capital élevé et un marché du financement en rendent l’accès relativement complexe. » Toutefois, des investissements massifs de la Banque mondiale visent justement à remédier à ces apories. Avec un apport de plus d’1 milliard de dollars d’aide en appui aux plans de l’Inde pour le solaire, la coopération de la Banque mondiale et de l’Etat indien entend développer les parcs solaires indiens, mettre au point des solutions de stockage et contribuer à la mise en place d’infrastructures communes de réseaux.

Il y a quelque mois encore, le gouvernement indien annonçait qu’il voulait rendre le parc automobile complètement électrique d’ici 2030 pour remédier à la pollution atmosphérique (d’après Greenpeace, l’Inde est devenue pour la période 2016-2017 le pays où la pollution atmosphérique cause le plus de décès au monde).

Les efforts poursuivis par le gouvernement de Modi pour atteindre les objectifs fixés par la COP21 et entraîner dans sa course les pays dits « du Sud » (autrefois exclus de la transition écologique, malgré leur potentiel, du fait des coûts trop élevés des énergies renouvelables) devrait être une source d’inspiration pour nos dirigeants européens, qui semblent davantage préoccupés par des mesures en demi-teinte que par une mobilisation internationale forte et affirmée.

Si les ambitions de l’Inde sont au-delà de ses propres capacités, elles n’en restent pas moins un idéal qui mérite d’être appuyé et poursuivi par la communauté internationale, non pas sur la base de la rentabilité économique mais sur celle d’un objectif de société. Sans cela, nous ne pouvons qu’avoir le sentiment amer que l’Inde n’est que le nouveau terrain de jeu des investisseurs qui profitent d’un marché particulièrement juteux…

(Merci à Kiki Chauvin, la reporter de CPNN pour cet article.)

La Reunion: Déclaration du Symposium 2016 du Réseau interreligieux de l’Indianocéanie

. TOLÉRANCE & SOLIDARITÉ .

Un article de Temoignages

Idriss Issop-Banian, président du GDIR (Groupe de Dialogue Interreligieux de La Réunion), vient de nous envoyer la Déclaration Finale du 3è Symposium du Réseau interreligieux de l’Indianocéanie, qui s’est déroulé du 22 au 24 septembre à Saint-Denis. Voici le texte intégral de cette déclaration qui reprend un mot d’ordre défendu depuis plus de 40 ans par le Parti communiste réunionnais : « Océan Indien zone de paix ».

Reunion
La cérémonie de clôture du Symposium 2016 du Réseau interreligieux de l’Indianocéanie.

Préambule : Nous réaffirmons notre conviction spirituelle commune que nous sommes une seule famille. Tous les êtres humains sont habités par la même lumière de Dieu et ont la même dignité. La Vie est sacrée et une même Règle d’Or régit nos relations fondamentales : « Fais à autrui le bien que tu souhaites pour toi-même ».

Nous, délégués des groupes de dialogue interreligieux de Madagascar, Maurice, Seychelles et La Réunion, tous membres du Réseau interreligieux de l’Indianocéanie,

– forts de la Déclaration de Port-Louis suivant le premier Symposium qui a eu lieu à Maurice en 2009,

– consolidés par la Déclaration de Victoria suivant le deuxième Symposium qui a eu lieu aux Seychelles en 2012,

– réaffirmant notre conviction que le dialogue des religions est un vecteur essentiel pour le vivre ensemble des personnes et des peuples, et, ce faisant,

– désireux d’agir avec les autres acteurs de nos sociétés humaines pour qu’advienne la paix,

– ayant à cœur de développer des solidarités de paix et de cohésion dans un partage éthique et humaniste,

(Voir suite sur colonne de droite.)

(cliquez ici pour la version anglaise de cet article.)

Question related to this article:

 

How can different faiths work together for understanding and harmony?

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– réunis du 22 au 24 septembre 2016 à Saint-Denis de La Réunion en Symposium, avons réfléchi sur la Paix en Océan Indien et avons traité des thèmes suivants :

Océan Indien zone de paix ;

La paix dans nos sociétés ;

Les défis du changement climatique – Écologie et spiritualités ;

Indianocéanité.

Le Symposium du Réseau interreligieux de l’Indianocéanie, après en avoir délibéré :

Résolution n° 1 : Appelle les responsables politiques et les gouvernants à tenir compte de la résolution 70/22 adoptée par l’Assemblée Générale de l’ONU le 7 décembre 2015, faisant de l’Océan Indien une Zone de Paix.

Résolution n°2 : Appelle les acteurs de la société à prendre conscience des conséquences liées au changement climatique dans l’Indianocéanie.

Résolution n°3 : Appelle à tenir compte de la spiritualité dans les actes de la vie quotidienne, pour ce qui relève du respect de l’environnement et des populations.

Résolution n° 4 : Réaffirme son engagement à lutter contre les fléaux que sont la misère, la corruption, le racisme et la xénophobie, et se prononce en faveur d’un co-développement solidaire et équitable de l’Indianocéanie.

Résolution n° 5 : Soutient le désir de l’observateur venant de Mayotte de créer un groupe de dialogue interreligieux à Mayotte.

Résolution n° 6 : Soutient le désir de l’observateur venant des Comores de créer un groupe de dialogue interreligieux aux Comores.

Résolution n° 7 : Réaffirme le droit des Chagossiens de retourner et de vivre sur leur terre.

« Seigneur Dieu, fais de nous des artisans de Paix et tiens-nous dans la lumière ».

Fait à Saint-Denis de La Réunion, le 24 septembre 2016.

Suivent les signatures des délégations du PLeROC (Madagascar) – CoR (Maurice) – SIFCO (Seychelles)- GDIR (La Réunion)

Le Prix WACC-SIGNIS pour les Droits de l’Homme 2014 décerné à “Taxi Téhéran”

DROITS DE L’HOMME .

une article par Signis, Association Catholique Mondiale pour la Communication

Le Prix WACC-SIGNIS pour les Droits de l’Homme 2014 a été décerné au film Taxi Téhéran réalisé par Jafar Panahi (Iran, 2014), un long métrage documentaire qui reflète la société iranienne contemporaine.

teheran
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“Taxi”, par Jafar Panahi © Jafar Panahi Film Productions

Une manière insolite et créative de promouvoir le droit à communiquer, de défier la censure et de briser le tabou du silence qui enserre l’Iran. C’est ce que propose Taxi Téhéran , dans lequel un taxi jaune parcourt les rues animées de Téhéran, accueillant divers passagers libres de s’exprimer avec franchise en répondant aux questions du chauffeur, qui n’est autre que le réalisateur Jafar Panahi.

Taxi Téhéran joue un double jeu visuel, en mettant en scène la liberté d’expression tout en montrant, avec ironie, comment les nouvelles technologies font aujourd’hui partie intégrante des interactions sociales. Le film souligne et critique la manière dont les images qui proviennent des médias dictent souvent la perception qu’ont les gens de ce qui est officiel, authentique et légal, par opposition à ce qui est officieux, faux ou tout simplement criminel.

Panahi a obtenu une reconnaissance internationale dès son premier long métrage, Le Ballon blanc, qui a remporté la Caméra d’or au Festival de Cannes en 1995, le premier prix majeur décerné à un film iranien à Cannes. Bien que ses films aient souvent été interdits dans son propre pays, il a continué à séduire les cinéphiles du monde entier et a reçu de nombreux prix dont le Léopard d’or du festival de Locarno pour Le Miroir (1997), le Lion d’or à Venise pour Le Cercle (2000), et l’Ours d’argent du Meilleur réalisateur à la Berlinale pour Offside (2006).

Les films de Panahi sont connus pour leur perspective humaniste sur la vie en Iran, s’intéressant souvent aux difficultés des enfants, des pauvres, et des femmes. De lui, il déclare : “Je suis un cinéaste. Je ne sais rien faire d’autre que de faire des films. Le cinéma est mon moyen d’expression et le sens de ma vie. Rien ne peut m’empêcher de faire des films. Car quand je suis poussé à bout, je me sens connecté avec moi-même.”

Abbas Kiarostami, qui a donné ses lettres de noblesse au cinéma iranien, met souvent en scène ses personnages en voiture, afin que le public voie ce que l’acteur voit. Le véhicule et le regard du spectateur se rejoignent comme dans une caméra en mouvement, qui permet au cinéaste de partager sa vision et ses pensées avec le spectateur.

Jafar Panahi utilise une technique similaire dans Taxi Téhéran , mais cette décision n’est pas entièrement volontaire. Panahi n’est pour l’instant ni autorisé à réaliser des films dans son pays, ni à voyager à l’étranger. Condamné à une peine de prison, il a été libéré suite aux pressions venant de nombreux pays. Et il a choisi de ne pas respecter l’interdiction de filmer qu’on lui a imposée.

Taxi Téhéran est donc un acte courageux de résistance. Le cinéaste joue le rôle du chauffeur de taxi dans son propre film, conversant avec les passagers qu’il emmène à travers les rues de Téhéran. Certains de ces passagers s’expriment ouvertement sur les manquements démocratiques en Iran. A cet égard, Taxi Téhéran est un film politiquement engagé.

Le film ne manque pas non plus d’humour. Et le chauffeur et ses passagers parlent aussi beaucoup de cinéma. Il en résulte des conversations passionnantes et une approche lucide sur les événements actuels.

Le Prix WACC-SIGNIS pour les Droits de l’Homme récompense un documentaire qui met en lumière des questions sur les Droits de l’Homme qui reflète les valeurs et priorités des associations chrétiennes WACC.

(Cliquez ici pour la version anglaise de cet article ou ici pour la version espagnole.)

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