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Cameroun : Une radio pour la protection de la réserve de biosphère de Waza

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Un article de L’UNESCO

La biosphère de Waza, la plus ancienne du Cameroun, est située dans le bassin du lac-Tchad, dans la région de l’Extrême-Nord. Elle est classée en réserve de forêt, réserve de faune, parc national et sanctuaire. Ce statut particulier a justifié son reclassement en 1979 au rang de réserve de biosphère, reconnue par l’UNESCO.



Avec ses 170 000 hectares de superficie, la biosphère de Waza offre les conditions idéales pour proposer un écotourisme de qualité, notamment grâce à la nombreuse présence sur place d’éléphants, de girafes, d’importantes colonies de différentes espèces d’oiseaux et de félins, au rang desquels les lions. Malheureusement, la biosphère de Waza est également considérée comme un lieu dangereux car parcourue par des groupes terroristes qui constituent une menace pour la cohésion sociale.

La biosphère de Waza, cette richesse touristique du Cameroun, subit depuis quelques années, une dégradation consécutive à la présence et/ou à l’action conjuguée des communautés riveraines sur son patrimoine biologique, hydraulique et culturel. En dépit d’une certaine implication de ces mêmes communautés à la gestion de Waza, il perdure un difficile compromis au regard des besoins directs des riverains et des exigences de gestion durable de cette biodiversité riche mais fragile.

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Question for this article:

How can tourism promote a culture of peace?

Islamic extremism, how should it be opposed?

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Près de 30 années après la convention de Rio sur la diversité biologique, la nécessité de gérer de manière durable les ressources de la biodiversité apparaît plus que jamais prioritaire. Dans cet élan, les initiatives visant à rendre opérationnel le concept de gestion durable se sont multipliées.

C’est dans ce cadre que s’inscrit le Bureau régional de l’UNESCO pour l’Afrique centrale, dans sa démarche d’accompagnement des pays du bassin du Lac-Tchad (Cameroun, Niger, RCA et Tchad), pour le renforcement de la résilience des communautés face aux défis sécuritaires et climatiques.

L’UNESCO, par le biais du projet BIOPALT, soutient ainsi la mise en place d’une radio communautaire au niveau de la biosphère de Waza. Pour assurer la réussite de cet appui, l’équipe du projet BIOPALT a effectué une visite d’échange et de partage d’expérience, avec l’équipe locale, qui portait sur les impacts potentiels positifs de l’outil radio de proximité au sein de la communauté. Par ailleurs, l’UNESCO envisage d’autres actions de soutien, notamment la restructuration du bâtiment devant abriter la radio mais également de la formation, l’acquisition d’équipements radiophoniques et leur installation.   

En cette période de pandémie de la COVID-19, la radio apparait plus que jamais indispensable dans la dynamique de mobilisation et d’adhésion des bénéficiaires autour des initiatives locales. Elle facilite également la création de conditions favorables au dialogue, entre les communautés, et améliore la dissémination d’informations utiles aux riverains, afin de promouvoir la culture de la paix et contribuer à l’éducation citoyenne.

Il est attendu de la radio qu’elle accompagne, en outre, les politiques et mesures de lutte contre la pauvreté et la recherche de solutions pour une paix durable, notamment dans le parc et les zones en proie aux attaques de Boko-Haram dans la région.

L’initiative BIOPALT, financée par la Banque Africaine de Développement (BAD), met un accent particulier sur la transmission des connaissances et le partage d’expériences afin d’encourager les populations riveraines à l’adoption et la mise en valeur des pratiques de développement durable pour préserver la réserve de biosphère et améliorer le bien-être socio-économique des communautés locales.

France: L’Affaire du Siècle et la Marche du Siècle : Victoire historique pour le Climat !

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Un article de CDURABLE

Deux ans après cette mobilisation incroyable [Marche-du-Siecle – Voir CPNN 17 mars 2019], la justice vient de reconnaître que l’inaction climatique de l’État est illégale et que c’est une faute qui engage sa responsabilité.


Video, Victoire historique pour le climat

Quatre associations, Notre Affaire à Tous, la Fondation pour la Nature et l’Homme, Greenpeace France et Oxfam France ont décidé, au nom de l’intérêt général, d’attaquer l’Etat français en justice pour qu’il respecte ses engagements climatiques et protège nos vies, nos territoires et nos droits. C’est l’Affaire du Siècle. Notre printemps 2019 devait être climatique et social. Le 15 mars 2019, la jeunesse était en grève partout en France et dans le monde. Le 16 mars, nous marchions ensemble, pour dire « ça suffit ! » et demander des changements immédiats. Deux ans après cette mobilisation incroyable qui a porté l’Affaire du Siècle, nous avons gagné ! La justice vient de reconnaître que l’inaction climatique de l’État est illégale, que c’est une faute, qui engage sa responsabilité.

C’est une victoire historique pour le climat ! Et cette victoire, c’est grâce à vous, grâce aux 2,3 millions de personnes qui soutiennent l’Affaire du Siècle.

Le tribunal administratif de Paris a rendu ce mercredi 3 février 2021 son jugement tant attendu dans l’Affaire du Siècle. Après deux ans de mobilisation et de rebondissements, la justice reconnaît la responsabilité de l’État français dans la crise climatique !

C’est un jour historique, particulièrement dans cette période où les occasions de se réjouir se font si rares. L’État est jugé responsable de préjudice écologique, et son non-respect de ses engagements à réduire les émissions de gaz à effet de serre est désormais illégal !

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Questions for this article:
 
Despite the vested interests of companies and governments, Can we make progress toward sustainable development?

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Avec ce jugement, dès maintenant, des victimes directes des changements climatiques en France vont pouvoir demander réparation. L’État peut donc s’attendre à faire face à une pression inédite pour enfin agir contre les dérèglements climatiques.

Pour autant, l’histoire de l’Affaire du Siècle n’est pas encore terminée. Le tribunal doit maintenant décider s’il ordonne à l’État de prendre des mesures supplémentaires pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre et respecter ses engagements pour le climat. Une nouvelle audience aura lieu au printemps.

D’ici là, nous allons déposer de nouveaux arguments pour démontrer que les actions prévues par l’État sont insuffisantes et que la justice doit contraindre l’État à lutter efficacement et concrètement contre le dérèglement climatique ! L’État peut également faire appel de ces décisions. Et cela n’empêche pas de se réjouir déjà de cette étape décisive pour la justice climatique !

Avec ce jugement extraordinaire, dès aujourd’hui, des victimes directes des changements climatiques en France vont pouvoir demander réparation à la France. L’État va donc faire face à une pression inédite pour enfin agir contre les dérèglements climatiques.

Et maintenant ?

La procédure juridique n’est pas terminée. Le tribunal doit maintenant décider s’il ordonne à l’Etat de prendre des mesures supplémentaires pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre et respecter ses engagements pour le climat. Une nouvelle audience aura lieu au printemps. D’ici là, nous allons déposer de nouveaux arguments pour démontrer que les actions prévues sont insuffisantes et que la justice doit contraindre l’Etat à lutter efficacement et concrètement contre le dérèglement climatique ! L’Etat peut également faire appel de ces décisions.

Comment est-ce que vous pouvez agir ?

Partagez la vidéo de cette victoire historique avec vos proches, sur Facebook, sur Twitter, sur Instagram, envoyez-leur cet email… Ensemble, aujourd’hui, nous avons remporté une victoire cruciale face à l’urgence climatique. Mais ce n’est pas fini, la mobilisation doit continuer pour obliger l’Etat à agir.

Merci pour votre engagement pour la justice climatique,

Clotilde, Cécile, Jean-François Cécile.

Des sociétés fracturées mènent les peuples et la planète vers une collision selon PNUD

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Un article du Programme des Nations Unies pour le Développement

La pandémie de COVID-19 est la crise la plus récente à laquelle le monde est confronté, mais à moins que les êtres humains ne relâchent leur emprise sur la nature, ce ne sera pas la dernière, selon un nouveau rapport du PNUD, qui propose un nouvel indice expérimental du progrès humain tenant compte des émissions de dioxyde de carbone et de l’empreinte matérielle des pays.


Photo: LALS STOCK/shutterstock.com

Le rapport présente un choix difficile pour les dirigeants mondiaux : prendre des mesures audacieuses pour réduire l’immense pression exercée sur l’environnement et le monde naturel, faute de quoi les progrès de l’humanité seront ralentis.

« Les êtres humains exercent sur la planète une pression qui n’a jamais été aussi écrasante. Face à la COVID-19, des températures record et des inégalités croissantes, il est temps d’utiliser cette force pour redéfinir ce que nous entendons par progrès, maintenant que nos empreintes carbone et de consommation sont connues », déclare Achim Steiner, Administrateur du PNUD.

« Comme le montre ce rapport, aucun pays au monde n’a encore atteint un très haut niveau de développement humain sans avoir exercé une pression énorme sur la planète. Mais nous pourrions être la première génération à corriger cette situation. C’est la prochaine étape critique du développement humain », a-t-il déclaré.

Le rapport soutient qu’au moment où les peuples et la planète entrent dans une toute nouvelle époque géologique nommée l’Anthropocène, ou l’ère des êtres humains, il est temps pour tous les pays de repenser leur chemin vers le progrès en tenant pleinement compte des pressions dangereuses que les êtres humains exercent sur la planète, et en éliminant les déséquilibres flagrants de pouvoir et d’opportunités qui empêchent le changement.

Pour illustrer ce point, l’édition du 30e anniversaire du Rapport sur le développement humain, La prochaine frontière : le développement humain et l’Anthropocène, propose un nouveau point de vue expérimental dans son Indice annuel de développement humain (IDH).

En ajustant l’IDH, qui mesure la santé, l’éducation et le niveau de vie d’un pays, avec l’inclusion de deux autres éléments, à savoir les émissions de dioxyde de carbone d’un pays et son empreinte matérielle, l’indice montre comment la situation globale du développement mondial pourrait changer si le bien-être des êtres humains et l’allègement des pressions exercées sur la planète étaient tous deux au cœur de la définition du progrès de l’humanité.

L’IDH ajusté aux pressions planétaires — ou IDHP —, fait ressortir une nouvelle vision du monde, proposant une évaluation moins optimiste, mais plus claire du progrès humain. Par exemple, plus de 50 pays quittent le groupe à très haut développement humain, en raison de leur dépendance aux combustibles fossiles et de leur empreinte matérielle.

Malgré ces ajustements, des pays comme le Costa Rica, la Moldavie et le Panama améliorent leurs classements d’au moins 30 places, mettant en évidence le fait qu’une pression moins forte sur la planète est possible.

« Le Rapport sur le développement humain est un produit important des Nations Unies. À une époque où il est nécessaire d’agir, la nouvelle génération de rapports sur le développement humain, qui met davantage l’accent sur les questions déterminantes de notre époque, telles que le changement climatique et les inégalités, nous aide à orienter nos efforts vers l’avenir que nous voulons », a déclaré Stefan Löfven, Premier ministre suédois, pays hôte du lancement du rapport.

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Questions for this article:
 
Despite the vested interests of companies and governments, Can we make progress toward sustainable development?

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Selon le rapport, la prochaine étape critique du développement humain exigera de travailler avec et non contre la nature, tout en transformant les normes sociales, les valeurs ainsi que les mesures d’incitation gouvernementales et financières.

Par exemple, de nouvelles estimations prévoient que d’ici 2100, les pays les plus pauvres du monde pourraient connaître jusqu’à 100 jours supplémentaires par an de conditions météorologiques extrêmes en raison du changement climatique — un chiffre qui pourrait être réduit de moitié si l’Accord de Paris sur le changement climatique est pleinement mis en œuvre.

Et pourtant, les combustibles fossiles sont toujours subventionnés : le coût total des subventions publiques pour les combustibles fossiles — en comptant les coûts indirects — est estimé à plus de 5 000 milliards USD par an, soit 6,5 % du PIB mondial, selon les chiffres du FMI cités dans le rapport.

Le reboisement et une meilleure prise en charge des forêts pourraient à eux seuls représenter environ un quart des mesures que nous devons adopter avant 2030 pour empêcher le réchauffement climatique d’atteindre deux degrés Celsius au-dessus des niveaux préindustriels.

« Bien que l’humanité ait réalisé des choses inouïes, il est évident que nous tenions la planète pour acquise, » a déclaré Jayathma Wickramanayake, Envoyée de la Jeunesse du Secrétaire général des Nations Unies. « Partout dans le monde, des jeunes se sont exprimés, reconnaissant que ces pratiques mettent en péril notre avenir collectif. Comme l’indique clairement le Rapport sur le développement humain 2020, nous devons transformer notre relation avec la planète pour rendre durable la consommation d’énergie et de matières, et pour garantir que chaque jeune soit éduqué et habilité à apprécier les merveilles qu’un monde sain peut offrir. »

La façon dont les peuples subissent les pressions planétaires est liée au fonctionnement des sociétés, affirme Pedro Conceição, auteur principal du rapport, et aujourd’hui, des sociétés fracturées mènent les peuples et la planète vers une collision.

Selon le rapport, les inégalités au sein des pays et entre les pays qui sont profondément enracinées dans le colonialisme et le racisme, impliquent que les personnes qui possèdent le plus de richesses profitent des avantages de la nature et en exportent les coûts. Cette situation restreint les possibilités des personnes les moins nanties et diminue leurs capacités à réagir contre ce déséquilibre.

Par exemple, les terres gérées par les peuples autochtones en Amazonie absorbent, par personne, la même quantité de dioxyde de carbone que celle émise par les un pour cent les plus riches de la population mondiale. Cependant, les peuples autochtones continuent d’être confrontés à des difficultés, à des persécutions et à des discriminations et ont du mal, selon le rapport, à se faire entendre lors des prises de décision.

D’autre part, il arrive souvent que la discrimination fondée sur l’appartenance ethnique touche les communautés et les expose à des risques environnementaux élevés tels que les déchets toxiques ou une pollution excessive. Cette tendance, affirment les auteurs, se reproduit dans les zones urbaines à travers les continents.

Le rapport suggère que l’allègement des pressions planétaires qui permettra à tout un chacun de s’épanouir dans cette nouvelle ère exige que l’on diminue les déséquilibres flagrants de pouvoir et d’opportunités qui font obstacle à la transformation.

Selon le rapport, les actions publiques peuvent remédier à ces inégalités, en ayant recours par exemple à une fiscalité de plus en plus progressive ou à des investissements et des systèmes d’assurance préventifs destinés aux communautés habitant le long des côtes, mesure qui peut protéger les vies des 840 millions de personnes exposées au risque d’inondations côtières à travers le monde. Mais il faut un effort concerté pour s’assurer que toutes ces actions n’opposent pas davantage les peuples et la planète.

« La prochaine étape critique du développement humain ne consiste pas à choisir entre les peuples ou les arbres ; il s’agit de reconnaître, aujourd’hui, que le progrès humain impulsé par une croissance inégale et à forte intensité de carbone touche à sa fin », a déclaré Pedro Conceicão.

 « En s’attaquant aux inégalités, en tirant parti des innovations et en travaillant avec la nature, le développement humain pourrait entamer un processus transformationnel destiné à soutenir les sociétés et la planète en même temps  », a-t-il déclaré.
 
Pour en savoir plus sur le Rapport sur le développement humain 2020 et l’analyse du PNUD sur l’IDH expérimental ajusté aux pressions planétaires, consultez report.hdr.undp.org/fr/.

(Merci à Phyillis Kotite, le reporter de CPNN pour cet article.)

À Montréal, manifestation pour la «justice climatique»’

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Un article de la Tribune de Geneva

Plusieurs milliers de personnes ont manifesté samedi à Montréal pour la «justice climatique». Plusieurs organisations avaient appelé à un rassemblement pour plaider en faveur d’un projet de société «liant l’action écologique à la justice sociale». «Justice sociale, ‘‘climate justice’’, même combat», proclamait une vaste banderole, tandis qu’une autre appelait à une «relance juste et verte».


Le 27 septembre 2019, près d’un demi-million de personnes avaient déjà défilé dans les rues de Montréal. AFP

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Questions for this article:
 
Despite the vested interests of companies and governments, Can we make progress toward sustainable development?

Are we seeing the dawn of a global youth movement?

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Le 27 septembre 2019, près d’un demi-million de personnes avaient défilé dans les rues de Montréal avec la militante suédoise Greta Thunberg dans le cadre de la «grève mondiale pour le climat». La marche avait été qualifiée de «plus grosse manifestation de l’histoire du Québec» par l’un des organisateurs.

Paires de souliers d’enfants

Parmi les organisations ayant appelé à la manifestation de samedi, à l’occasion de la journée mondiale de mobilisation climatique, figuraient notamment la coalition étudiante pour un virage environnemental et social (CEVES), «la planète s’invite au parlement» et la «coalition pour le définancement de la police».

La manifestation a débuté devant un monument du centre-ville qui abritait jusqu’à récemment la statue d’un ancien premier ministre du Canada. La statue en bronze de John A. Macdonald, accusé d’avoir mis en œuvre une politique d’assimilation forcée des populations autochtones, avait été jetée à terre à la fin août lors d’un rassemblement contre le racisme.

De nombreuses paires de souliers d’enfants avaient été placées devant le monument pour symboliser les menaces des changements climatiques pour les nouvelles générations.

Travail : Démocratiser, Démarchandiser, Dépolluer

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Un manifeste de Democratizing Work

Le texte suivant a été publié le 16 mai dans 41 publications, dans 36 pays du monde, en 25 langues, y compris dans Le Monde, Die Zeit, The Guardian et The Boston Globe. Il a été signé par plus de 3 000 universitaires de 650 universités du monde entier, listés ici.

(Image de Juan Carlos Marin)

Que nous apprend cette crise ? En premier lieu que les humains au travail ne peuvent être réduits à des « ressources ». Les caissièr.e.s, les livreur.e.s, les infirmièr.e.s, les docteur.e.s, les pharmacien.nes, et toutes celles et ceux qui nous ont permis de continuer à vivre dans cette période de confinement, en sont la démonstration vivante. Cette pandémie nous montre aussi que le travail lui-même ne peut être réduit à une « marchandise ». Les soins de santé, la prise en charge et l’accompagnement des plus vulnérables sont autant d’activités qui doivent être protégées des seules lois du marché, sans quoi nous risquons d’accroître toujours plus les inégalités, jusqu’à sacrifier les plus faibles et les plus démunis. Pour éviter un tel scénario, que faut-il faire ? Permettre aux employés de participer aux décisions. C’est-à-dire démocratiser l’entreprise. Démarchandiser le travail. C’est-à-dire que la collectivité garantisse un emploi utile à toutes et tous. Au moment où nous faisons face à la fois au risque pandémique et à celui d’un effondrement climatique, ces deux changements stratégiques nous permettront non seulement d’assurer la dignité de chacun, mais aussi d’agir collectivement pour dépolluer la planète et la sauver.

Démocratiser. Ceux–et singulièrement celles—qui font partie des personnels essentiels se lèvent chaque matin pour aller servir les autres, particulièrement les personnes racisées, migrantes et les travailleurs de l’économie informelle, pendant que tous ceux qui le peuvent restent confinés. Elles témoignent de la dignité du travail et de l’absence de banalité de leur fonction. Et elles démontrent le fait-clé que le capitalisme a toujours cherché à rendre invisible, cherchant à transformer les humains en « ressource » : il n’y a ni production ni service sans investisseurs en travail.

De leur côté, les confinés – et singulièrement les confinées – mobilisent tout ce qu’ils peuvent pour assurer la poursuite des missions de leur organisation depuis leur domicile. Ils et elles démontrent massivement que ceux qui supposent que le grand enjeu de l’employeur est de garder sous ses yeux le travailleur indigne de confiance, pour mieux le contrôler, se fourvoient grandement. Les travailleurs démontrent chaque jour qu’ils ne sont pas une simple « partie prenante » de l’entreprise parmi d’autres. Ils sont LA partie constituante, pourtant toujours trop souvent exclue du droit de participer au gouvernement de l’entreprise, monopolisé par les apporteurs en capital.

Si l’on se demande sérieusement comment exprimer la reconnaissance des entreprises et de la société dans son ensemble envers les travailleurs, il faudra bien sûr aplatir la courbe des rémunérations et démarrer moins bas, mais ces seuls changements ne suffiront pas. De même qu’après la seconde guerre mondiale, on accorda le droit de vote aux femmes en reconnaissance de leur incontournable contribution, il est aujourd’hui devenu injustifiable de ne pas émanciper les investisseurs en travail en leur accordant la citoyenneté dans l’entreprise. C’est là un changement nécessaire. 

En Europe, la représentation des investisseurs en travail dans l’entreprise a débuté au sortir de la seconde guerre mondiale, au travers des Comités (VARIA FR)/Conseil (VARIA BE) d’entreprise. Mais, ces Chambres de représentation des travailleurs sont restées des organes souvent faibles, soumises à la bonne volonté de l’équipe de direction choisie par les actionnaires. Elles ont été incapables de bloquer la dynamique du capital qui accumule pour lui-même en détruisant la planète. Ces Chambres de représentation des travailleurs doivent désormais être dotées de droits similaires à ceux des Conseils d’administration, afin de soumettre le gouvernement de l’entreprise (le top management) à une double majorité. En Allemagne, aux Pays-Bas et dans les pays scandinaves, des formes de codétermination (mitbestimmung) mises en place progressivement après la seconde guerre mondiale ont représenté une étape cruciale mais encore insuffisante.

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Despite the vested interests of companies and governments, Can we make progress toward sustainable development?

How can we work together to overcome this medical and economic crisis?

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Même aux Etats-Unis, où le droit à la syndicalisation a été combattu, des voix s’élèvent aujourd’hui pour accorder aux investisseurs en travail le droit de se choisir des représentants bénéficiant d’une majorité spéciale au sein des Conseils. Le choix du CEO – ou encore mieux de la CEO – comme celui de la stratégie de l’entreprise ou de la répartition des profits sont des enjeux trop importants pour les laisser aux seuls représentants des actionnaires. Ceux qui investissent leur travail dans l’entreprise, leur santé, en bref leur vie, doivent aussi pouvoir collectivement valider ces décisions.
Même aux Etats-Unis, où le droit à la syndicalisation a été combattu, des voix s’élèvent aujourd’hui pour accorder aux investisseurs en travail le droit de se choisir des représentants bénéficiant d’une majorité spéciale au sein des Conseils. Le choix du CEO – ou encore mieux de la CEO – comme celui de la stratégie de l’entreprise ou de la répartition des profits sont des enjeux trop importants pour les laisser aux seuls représentants des actionnaires. Ceux qui investissent leur travail dans l’entreprise, leur santé, en bref leur vie, doivent aussi pouvoir collectivement valider ces décisions.

Démarchandiser. Cette crise illustre aussi combien le travail ne devrait pas être traité comme une marchandise. Elle démontre que le mécanisme du marché ne peut être laissé seul en charge des choix collectifs fondamentaux. La création de postes dans le secteur des soins aux personnes, l’approvisionnement en matériel de survie, ont été soumis depuis des années à une logique de rentabilité. La crise révèle cet aveuglement. Il existe des besoins collectifs stratégiques qui doivent être immunisés de la marchandisation. Douloureusement, nos dizaines de milliers de morts nous le rappellent aujourd’hui. Ceux qui affirment encore le contraire sont des idéologues qui nous mettent tous et toutes en danger. La logique de rentabilité ne peut pas décider de tout. 

De même qu’il faut protéger certains secteurs des seules lois d’un marché non régulé, il faut aussi assurer à chacun l’accès à un travail qui lui permette d’assurer sa dignité. Une façon d’y parvenir est de créer une garantie d’emploi pour tous (job guarantee), offrant la possibilité à chaque citoyen de bénéficier d’un emploi. L’Article 23 de la Déclaration universelle des droits humains, consacre le droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions de travail équitables et satisfaisantes et à la protection contre le chômage. Dès lors, cette garantie d’emploi permettra non seulement à chacun de vivre dignement, mais aussi collectivement de décupler nos forces pour mieux répondre aux nombreux besoins sociaux et environnementaux auxquels nous faisons face. A la main des collectivités locales, la Garantie Emploi pour tous permettra notamment de contribuer à éviter l’effondrement climatique tout en assurant un avenir digne pour chacun. L’Union européenne doit se donner les moyens d’un tel projet dans le cadre de son Green Deal. En revoyant la mission de sa Banque centrale afin de financer ce programme nécessaire à notre survie, elle se rendra légitime dans la vie de chaque citoyen de l’Union. En apportant une solution contre-cyclique au choc de chômage qui vient, elle démontrera sa contribution à la prospérité sociale, économique et écologique, de nos sociétés démocratiques.

Dépolluer. Ne répétons pas le choix naïf de 2008 : la crise fut l’occasion de sauver les banques en approfondissant l’endettement public, sans qu’aucune condition ne soit mise à ces sauvetages. Si nos Etats interviennent pour sauver des entreprises aujourd’hui, il importe que celles-ci soient mises en conformité avec le cadre général de la démocratie. L’Etat, au nom de la société démocratique qu’il sert et qui la constitue, au nom aussi de sa responsabilité de veiller à notre survie environnementale, doit conditionner son intervention à des changements de cap dans la ligne stratégique des entreprises aidées. Il doit imposer – outre le respect de normes environnementales strictes – des conditions de démocratisation quant au gouvernement interne des entreprises. Car ce sont les entreprises gouvernées démocratiquement qui seront prêtes pour mener la transition écologique, celle dans lesquelles aussi bien les apporteurs de capital que les investisseurs en travail pourront faire entendre leurs voix et décider de concert des stratégies à mettre en œuvre. Cela n’étonnera personne : dans le régime actuel, l’arbitrage capital/travail/planète est toujours défavorable… au travail et à la planète. Les ingénieurs de l’Université de Cambridge, Cullen, Allwood et Borgstein (Envir. Sc. & Tech. 2011 45, 1711–1718) l’ont montré : 73% de la consommation mondiale d’énergie pourraient être économisés grâce à des « modifications réalisables des processus productifs » (achievable design changes). Mais ces changements impliquent une plus grande intensité de main-d’œuvre, et des choix souvent plus coûteux à court terme. Tant que les entreprises sont dirigées au seul profit des apporteurs de capitaux, dans quel sens penchera la décision à l’heure des coûts d’énergie dérisoires ? Malgré les défis de tels changements, certaines entreprises sociales ou coopératives – en poursuivant des objectifs hybrides à la fois financiers, sociaux, et environnementaux et en développant un gouvernement interne démocratique – ont d’ores et déjà démontré la crédibilité d’une telle voie.

Ne nous faisons aucune illusion. Abandonnés à eux-mêmes, la plupart des apporteurs de capitaux ne veilleront ni à la dignité des investisseurs en travail, ni à la lutte contre l’effondrement climatique. Un autre scenario est à portée de main : démocratiser l’entreprise et démarchandiser le travail. Et cela nous permettra de dépolluer la planète.

Communiqué du Jour de la Terre- 22 avril 2020: Une planète Une santé; Réalisant la paix avec la Terre

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Un communiqué de Navdanya International pour la coalition planétaire*

La pandémie du virus Covid-19 Corona est un appel de mise en garde planétairede la Terre à l’humanité.

Cela nous rappelle que nous sommes unis avec la Terre, nous ne sommes pas séparés/ées d’elle, que nous ne sommes pas ses maîtres, ses propriétaires et conquistadors, ni que nous sommes supérieurs à d’autres espèces, à l’image de ce dogme anthropocentrique auquel on veut nous faire croire.

La pandémie nous rappelle que nous violons les droits de la Terre et de toutesses espèces pour notre compte et risque, et qu’il serait prudent que nous considérions les connaissances et le savoir ancestraux des peuples autochtones, gardiens de la Terreau cours des temps, dont le profond respect pour la Terre se base sur la conscience d’une interconnexion de toute la vie. Endommager une partie signifie endommager le tout.

Cette pandémie n’est pas un « désastre naturel », de même que la crise de l’extinction des espèces et les phénomènes climatiques extrêmes ne sont pas des « désastres naturels ». Les épidémies de maladies mergentes sont anthropogéniques – causées par les activités humaines.

La Terre est un réseau de vie interconnectée.

L’urgence sanitaire à laquelle nous sommes confrontés en tant que
communauté mondiale est en relation avec l’urgence sanitaire à laquelle est confrontée la Terre : sa constante dégradation, l’extinction et disparition des espèces et l’urgence climatique. Quand nous utilisons des poisons et des agrotoxiques, tels qu’insecticides et herbicides pour tuer insectes et plantes, selon le modèle industriel d’agriculture, nous produisons de la désertification, nous contaminons l’eau, le sol, l’air et nous détruisons la biodiversité. Les agrotoxiques mènent à leur extinction les espèces, y compris les agents pollinisateurs comme constaté avec la drastique diminution des abeilles. Quand nous utilisons des mines métallifères à ciel ouvert nous dépensons des millions de litres d’eau, eau essentielle pour la vie humaine et la nature. Quand nous pratiquons la fracture hydraulique ou « fracking », nous altérons la conformation géologique et augmentons le risque sismique. Quand nous brûlons le carbone fossile que la Terre a fossilisé pendant 600 millions d’années, nous violons les frontières planétaires. En industrialisant et globalisant nos systèmes alimentaires nous contribuons à hauteur de 50% pour ce qui est des gaz à effet de serre et le changement climatique en est la conséquence.

La science nous informe qu’au fur et à mesure que nous envahissons les écosystèmes forestiers, détruisons les habitats des espèces et manipulons les plantes et les animaux pour en tirer des bénéfices, nous créons les conditions en faveur de nouvelles épidémies de maladies. Dans les 50 dernières années, ont surgi jusqu’à 300 nouveaux agents pathogènes. Il est bien connu qu’autour de 70% de pathogènes humains, comprenant VIH, Ebola, MERS et SRAG sont apparus quand les écosystèmes furent perturbés et que les virus passèrent des animaux aux humains.

Quand les animaux sont entassés dans des fermes industrielles pour maximiser leur rapport, de nouvelles maladies comme la grippe porcine et la grippe aviaire surgissent et se propagent. L’agriculture industrielle intensive avec l’usage d’agrotoxiques et les systèmes alimentaires industriels, font naître des maladies chroniques non transmissibles telles que malformations, cancer, altérations endocriniennes, diabète, problèmes neurologiques et infertilité. Avec les infections de Covid-19, la morbidité augmente dramatiquement en lien avec ces conditions préexistantes.

Alors qu’elle affirme nourrir le monde, l’agriculture industrielle a engendré pour des millions d’êtres humains la faim et ce nombre ne cesse de croître avec le blocus mondial et la destruction des milieux de vie.

Notre santé et la santé de la planète ne font qu’un. Respecter les limites de la planète, des écosystèmes et l’intégrité des espèces, est vital pour protéger la planète et notre santé. Les solutions à apporter au changement climatique sont aussi des solutions pour éviter de nouvelles épidémies et maladies. Dans le débat concernant la question du changement climatique on ne peut éviter de considérer à quel point le modèle technologique et économique dominant, basé sur les combustibles fossiles, ne tient compte de la finitude des ressources de la Terre. Une économie mondiale basée sur le mythe de la croissance et l’appétit illimité pour les ressources de la Terre sont les racines de cette crise sanitaire et des futures crises.

La réponse holistique et intégrée à l’urgence sanitaire consiste à faire une transition à partir du paradigme de l’agriculture et du commerce globalisé intensif en combustibles fossiles et produits chimiques , avec sa lourde empreinte écologique, vers des systèmes écologiques locaux et biodiversifiés pour la production et la distribution des aliments, afin de prendre soin de la Terre et de prendre soin de nous-mêmes comme partie intégrante de la Terre.

Notre engagement du Jour de la Terre : Revenir à la Terre, dans nos pensées, dans notre vie.

Pendant la crise du Covid19 et y compris après le confinement, il est et sera indispensable que nous apprenions définitivement à sauver la Terre, ses systèmes climatiques, les droits et espaces écologiques des diverses espèces, et des diverses personnes- indigènes, jeunes, femmes, agriculteurs/trices, travailleurs/euses. Pour la Terre il n’y a pas d’espèces sacrifiables ou jetables. Nous appartenons tous à la Terre et formons part de la Terre.

Pour éviter de futures pandémies, des famines futures et un possible scénario de personnes sacrifiées, nous devons aller au-delà du système économique globalisé, industrialisé et compétitif, qui est en train de stimuler le changement climatique, poussant les espèces à leur extinction et propageant des maladies qui menacent la vie.

Au contraire un système basé sur la localisation, laisse de l’espace pour que prospèrent les diverse espèces, les diverses cultures et les diverses économies locales vivantes. Nous devons passer d’une économie de la cupidité et de la croissance illimitée, de la compétence et de la violence, qui nous ont conduits à une crise existentielle, à une « Economie du soin » – pour la Terre, pour toutes les personnes et pour toutes les espèces vivantes.

Nous devons réduire notre empreinte écologique, pour laisser une part juste à d’autres espèces, à tous les humains et générations futures. Nous devons abandonner l’idée de considérer les biens communs de la nature comme des « ressources », abandonner la vision utilitaire, coloniale, capitaliste et anthropocentrique qui nous a appris à nommer les biens de la nature : « ressources naturelles ». C’est seulement ainsi que nous pourrons réduire consciemment notre empreinte écologique : en agissant avec responsabilité comme les ancêtres du futur.

L’urgence sanitaire et le confinement, ont démontré que lorsqu’il y a une volonté politique, nous pouvons « déglobaliser ». Rendons permanente cette déglobalisation de l’économie et relocalisons la production en accord avec la philosophie de Gandhi du « Swadeshi »( basée sur des principes d’autogouvernement et d’autosuffisance). Comme le montre la pandémie, ce sont les communautés alimentaires locales qui peuvent donner et distribuer des aliments avec régularité, pendant que les chaînes alimentaires globalisées , dans certaines parties du monde, se sont écroulées mais aussi ont spéculé avec l’augmentation du prix des aliments.

Ainsi contrairement à ce que l’on nous fait croire, ce n’est pas la globalisation qui protège des famines, elle qui les produit et les aggrave, mais bien la souveraineté alimentaire des peuples qui permet aux personnes, au niveau communautaire d’avoir le droit de produire, de choisir et de consommer des aliments adaptés, sains et nutritifs en vertu d’accords et de prix justes pour la production et les échanges locaux.

L’esprit mécaniste qui domine nos sociétés, crée des bénéfices sociétaires et personnels. Les grandes sociétés et les multimillionnaires qui ont déclaré la guerre à la Terre et ont créé les principales crises du monde, se préparent maintenant à l’intensification de l’agriculture industrielle à travers la digitalisation et l’intelligence artificielle. Ils sont en train d’imaginer un futur pour l’agriculture sans agriculteurs, et un futur de faux aliments produits en laboratoires. Cela va approfondir la crise écologique, en détruisant la biodiversité et en majorant notre séparation de la Terre.

La nourriture est le lien avec la vie et vouloir faire la paix avec la Terre, cela commence par la nourriture. Nous revenons à la Terre quand nous prenons soin du sol et de la biodiversité. Souvenons- nous que nous sommes des humains parce que du sol (de l’« humus »). C’est seulement en travaillant de concert avec la Terre, cerveaux, cœurs, et mains créant à l’unisson, que nous pourrons la protéger et qu’elle pourra nous pourvoir nous et les autres espèces, d’aliments sains.

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Questions for this article:
 
What is the relation between movements for food sovereignty and the global movement for a culture of peace?

How can we work together to overcome this medical and economic crisis?

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Comme notre expérience nous l’a prouvé, et en accord avec d’autres organisations et réseaux de conscientisation sur la Terre pour la Liberté des Semences et la Liberté des Aliments, les systèmes d’aliments organiques locaux et biodiversifiés régénèrent les sols, l’eau et la biodiversité, et fournissent des aliments sains pour toutes et tous et renforcent le système immunologique humain. La richesse de la biodiversité dans nos forêts, nos fermes, nos aliments et notre microbiote intestinal connectent la planète et ses diverses espèces, y compris les êtres humains. Ainsi la santé se transforme en fil conducteur, tout comme nous le montre aujourd’hui la maladie du coronavirus.

La guerre contre la Terre est une guerre contre l’avenir de l’humanité.

Toutes les urgences qui menacent la vie de notre temps prennent racine dans une vision mécaniste, militariste et patriarcale du monde, dans laquelle les humains sont séparés de la nature, sont les propriétaires d’une Terre où ils peuvent manipuler et contrôler d’autres espèces réduites à des objets liés à des bénéfices. Ce modèle économique voit dans les limites écologiques et éthiques des obstacles à éliminer pour garantir bénéfices et pouvoirs effrénés des grandes sociétés.

Les prédictions scientifiques indiquent que si nous n’arrêtons pas cette guerre anthropogénique contre la Terre et son espèce, nous détruirons sous peu les conditions favorables ayant permis aux humains d’évoluer et de survivre. La cupidité, l’arrogance et l’irresponsabilité humaines, nous conduisent vers la prochaine pandémie et finalement vers l’extinction.

La Terre reflète ce que nous sommes. Elle nous montre son interconnexion et nous appelle à commencer à reconnaître ses diverses intelligences vivantes : dans le réseau alimentaire du sol, dans les plantes et animaux et dans nos aliments. La Terre nous a envoyé cet invisible virus pour nous aider à faire le pas et à créer une nouvelle civilisation planétaire et écologique basée sur l’harmonie avec la nature ; à l’heure actuelle c’est un impératif pour notre survie.

Notre résolution

En signant ce manifeste nous nous engageons, comme coalition planétaire, à exercer pression et exhortation sur les autorités et représentants des gouvernements de chacun de nos pays, de chacune de nos villes et communautés, de chacun de nos villages, pour qu’ils abandonnent ce paradigme écocide qui actuellement régit nos modèles de productivité en faveur d’un paradigme dans lequel la responsabilité écologique et la justice économique soient fondamentales pour créer l’avenir heureux et la saine survie de l’humanité.

La véritable action pour le changement climatique signifie de laisser loin derrière, notre civilisation basée sur le pétrole et son extraction avaricieuse, et d’initier une nouvelle ère d’interconnexion et de protection de la Terre. Nous demandons l’appui concerté des communautés, territoires et nations qui placent l’écologie au centre d’un paradigme d’une nouvelle et juste économie de la protection et du soin de la Terre.

En ce Jour de la Terre, demandons des excuses pour le mal que nous avons causé à la Terre avec cette illusion de la séparation, créant des paradigmes violents et des outillages qui ont fait la guerre contre Elle. Sachons apprécier sa magnificence et sa beauté qui élèvent nos esprits et engageons- nous à faire la paix avec la Terre et toutes ses espèces en co-créant avec elle sur la base de ses lois de la vie.

La Terre nous a donné un clair message à travers la pandémie du Coronavirus. Il est de notre impératif moral de profiter de ce moment dans le temps pour faire une transition vers une civilisation écologique pour que nous semions les semences d’un futur commun pour l’humanité et tous les êtres.

Ensemble, nous nous élevons en tant qu’enfants de la Terre!

Un appel à l’action- une planète, Un salut

Il est l’heure d’abandonner nos systèmes économiques intensifs en ressources et bénéfices qui ont créé des ravages dans le monde, altérant les écosystèmes de la planète et excavant les systèmes de santé, justice et démocratie de la société.

La pandémie du coronavirus et en conséquence l’effondrement économique mondial, tout comme l’effondrement des vies et des moyens de subsistance de millions de personnes nous appellent à prendre des mesures urgentes.

Préparons-nous pour une récupération de l’après virus dans laquelle la santé et le bien être de tous les peuples et de la planète soient le centre de toutes les politiques soient le centre de toutes les politiques gouvernementales et institutionnelles, la construction de communautés et l’action civique.

Les actions pour semer les nouvelles semences d’une Démocratie de la Terre incluent :

> Promouvoir et protéger la richesse de la biodiversité dans nos forêts, nos fermes et nos aliments pour empêcher la destruction de la Terre et la sixième extinction de masse.

> Promouvoir les aliments locaux, biologiques et sains à travers des systèmes locaux biodiversifiés et des cultures et des économies de protection (marchés d’agriculteurs, bio-districts).

> Ne plus subventionner l’agriculture industrielle et les systèmes insalubres qui créent plus de maladies. Les subventions publiques doivent se réorienter vers des systèmes basés sur l’agroécologie et la conservation de la biodiversité, qui procurent des bénéfices pour la santé et protègent les biens communs.

< Mettre fin aux subventions et aux nouveaux investissements dans le secteur des combustibles fossiles, y compris les entrées agricoles basées sur des combustibles fossiles, comme s’agissant d’une vraie action climatique.

< Arrêter de favoriser la nourriture « poubelle » industrielle et les systèmes d’aliments insalubres, ultra dénoncés, basés sur des produits basiques toxiques et nutritionnellement creux.

< Mettre fin aux monocultures, à la manipulation génétique des plantes, et à l’élevage industriel d’animaux, qui développent une résistance aux antibiotiques et propagent des facteurs pathogènes.

< Empêcher la déforestation qui s’étend exponentiellement à travers les monocultures industrielles en faveur de Sociétés. Les forêts sont les poumons de la Terre.

< Pratiquer une agriculture durable basée sur l’intégration de la diversité des cultures, arbres et animaux.

< Sauver, cultiver et reproduire des variétés de semences traditionnelles pour sauvegarder la biodiversité. C’est nécessaire de les conserver non comme pièces de musée en banques de germoplasma mais comme banques de semences vivantes qui fonctionnent comme base d’un système de protection de la santé.

< Créer des zones, communautés, fermes, et systèmes alimentaires libres de poisons.

< Introduire des politiques pour évaluer les coûts des atteintes à la santé et à l’environnement causés par les produits chimiques et promouvoir le principe selon lequel « qui contamine, paie » !

< La santé doit être prioritaire sur les intérêts des entreprises qui utilisent des produits chimiques pour l’alimentation et l’agriculture. Le principe de précaution doit être promu.

< Transition de la globalisation à la localisation et rendre permanente la déglobalisation. Empêcher la prise de possession des Sociétés en ce qui concerne l’alimentation et la santé.

< Introduire des économies circulaires locales qui augmentent le bien être et la santé des personnes.

< Créer des Jardins d’Espoir, des Jardins de Santé, partout, – dans les communautés, les écoles, les prisons, les hôpitaux, à la ville, à la campagne.

< Abandonner la « croissance » et le PIB comme mesures de santé de l’économie. Le PIB se base sur l’extraction des ressources de la nature et la richesse de la société.

< Adopter le bien être des citoyens comme mesure de la santé de l’économie. Nous espérons que vous vous unirez à nous dans cette transformation pour l’espoir et la protection de la Terre.

Pour aider, utilisez ce lien et invitez vos amis et réseaux à agir.

* * * * * * * *

* La coalition planétaire comprend, entre autres, Navdanya International,  Naturaleza de Derecho, Health of Mother Earth Foundation, Ifoam, Regeneration International, Third World Network, International Forum on Globalization, Biovision, Sarvodaya Movement, SAM-Sahabat Alam Malaysia and CAP-Consumers Association of Penang, Council of Canadians, Initiative for Health and Equity, Diverse Women for Diversity, Isde-International Society of Doctors for the Environment, Terra de Direitos, Conamuri – Organización de Mujeres Campesinas e Indígenas, Acción Ecológica.  Des leaders renommés, des scientifiques et des écologistes se joignent également à l’appel, notamment Vandana Shiva, Nnimmo Bassey, Fernando Cabaleiro, Jerry Mander, Adolfo Perez Esquivel, Maude Barlow, André Leu, Hans R Herren, Satish Kumar.

Journée internationale de la paix: le PAYNCoP Gabon participe à la protection de l’environnement

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de Jerry Bibang

Dans le cadre de la célébration de la Journée internationale de la paix, célébrée cette année sous le thème : « Action climatique, action pour la paix », la Coordination Nationale du Réseau Panafricain des Jeunes pour la Culture de la Paix (PAYNCoP GABON) a pris part, vendredi 20 septembre dernier, à l’opération de ramassage des déchets plastiques, organisée par le système des Nations Unies au Gabon.


Bautrin Ekouma, le Coordonnateur National du Payncop Gabon et d’autres volontaires au cours de l’activité

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Question for this article:

Despite the vested interests of companies and governments, Can we make progress toward sustainable development?

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En effet, conscient que l’urgence climatique mondiale menace la sécurité et la stabilité des peuples à travers le monde, le Secrétaire Général des Nations Unies, M. Antonio Guteres, a invité les ‘”itoyens du monde” à prendre des mesures et mener des actions concrètes en faveur de la protection de l’environnement. C’est suite à cet appel que le PAYNCoP Gabon s’est joint au système des Nations Unies pour une opération de ramassage des bouteilles plastiques.

Conduits par M. Keita Ohashi, le Représentant résident du Fonds des Nations Unies pour la Population au Gabon (UNFPA), les bénévoles ont sillonné le carrefour “derrière la prison” en passant par “les trois quartiers” jusqu’à la plage du Lycée National Léon Mba. Environ, plus de 2000 bouteilles plastiques ont été collectées et seront remises à un jeune entrepreneur pour le recyclage.

Dans son mot de circonstance, M. Francis James, le Coordonnateur Résident du PNUD Gabon a encouragé les jeunes à s’approprier les questions des changements climatiques car c’est l’avenir de la jeunesse qui est menacée.

Cette opération a également enregistré la participation d’autres regroupements associatifs notamment le Mouvement Citoyen pour la Bonne Gouvernance au Gabon (MCB2G), l’alliance pour la justice climatique, section Gabon (PACJA GABON), Youth Students for Peace (YSP), la fédération pour la paix universelle (UPF), PlasMandji et bien d’autres

L’agroécologie et l’agriculture paysanne pour préserver la biodiversité

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Un article de AVSF, Agronomes & Vétérinaires Sans Frontières

Le 6 mai 2019, dans son rapport sur la biodiversité, l’IPBES [La Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques] alertait sur la menace d’extinction de près de 1 million d’espèces animales et végétales à court terme. L’agriculture et l’élevage industriels sont en partie responsables de ce désastre. L’agroécologie et l’agriculture paysanne représentent une alternative urgente pour préserver la biodiversité.

En 2017, nous alertions lors de notre campagne de l’érosion inquiétante de la biodiversité agricole : 75% des variétés comestibles ont disparu en 100 ans (FAO). L’essentiel de l’alimentation humaine repose uniquement sur 12 espèces végétales et 14 espèces animales ! Au cours des 10 dernières années, au moins une race animale domestique a disparu chaque mois (et ses caractéristiques génétiques avec elle), et 20% des races bovines, caprines, porcines, équines et avicoles du monde risquent actuellement l’extinction. En cause: la promotion d’une agriculture productiviste à haut investissement de capital et d’intrants de synthèse, en recherche de très hauts rendements à court terme. Or l’agroécologie en conditions d’agricultures paysannes s’avère une solution : elle s’appuie sur la biodiversité agricole, la valorise tout en  la protégeant, et ce faisant contribue au maintien de de la biodiversité dans son ensemble.

La biodiversité agricole est une partie de la biodiversité qui, au travers de la production agricole, contribue à l’alimentation des populations de même qu’à la préservation des écosystèmes. Elle est particulièrement importante pour maintenir la productivité et la résilience des systèmes de culture et d’élevage dans des environnements précaires et vulnérables. C’est cette grande diversité d’espèces végétales et de races animales adaptées au milieu local qui garantit en effet la survie de nombre de paysans d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique Latine dans leurs fermes et sur leurs terroirs, même dans des conditions climatiques difficiles et sur des sols fragiles.

Dans les pays du Sud, les initiatives se multiplient depuis quelques années, pour revaloriser les espèces locales et préserver durablement la biodiversité agricole. Ces initiatives, souvent développées à l’échelle des exploitations familiales, ont mis en lumière la relation étroite qui existe entre sécurité alimentaire et biodiversité.
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What is the relation between movements for food sovereignty and the global movement for a culture of peace? 



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Deux projets qui préservent la biodiversité agricole

Au Nord d’Haïti, des petits producteurs transforment du cacao de qualité, issu de variétés anciennes, criollo et trinitario, typiques des Caraïbes. Réputées pour leur finesse et leurs arômes puissants, ces fèves sont principalement destinées à la chocolaterie haut de gamme, à l’instar du criollo qui ne représente que 5% de la production mondiale, et s’avère donc une variété recherchée. Bien que les chocolatiers soient fortement demandeurs, ces fèves étaient jusqu’à présent mal valorisées sur le marché mondial. Pourquoi ? Parce que ces fèves haïtiennes n’étaient pas fermentées, une étape primordiale qui libère les “précurseurs” d’arômes. AVSF a donc formé les producteurs des coopératives paysannes FECCANO aux techniques de fermentation de ces variétés anciennes. Plusieurs centres de fermentation, de collecte et de conditionnement ont été installés pour les producteurs des 8 coopératives. Un cacao aujourd’hui très fortement rémunéré sur les marchés bio, équitable et de qualité en Europe, au bénéfice tant des producteurs que de la biodiversité : cultivé au coeur de jardins boisés en association avec de nombreux bois d’ombrage et fruitiers et autres cultures, le cacao joue un rôle important non seulement dans la sécurité alimentaire, mais aussi pour le maintien de la fertilité et de la biodiversité en général.

Partout en Afrique de l’Ouest, l’élevage paysan est quant à lui caractérisé par la diversité de races de bétails qu’il valorise. Ces races ont su développer des capacités d’adaptation exceptionnelles qui ont valu leur durabilité, de même que des résistances à certaines maladies parasitaires, comme la trypanosomiase, transmise par la mouche tsé-tsé et endémique dans toute la région. Or de nos jours, cette durabilité est menacée par l’érosion inquiétante de la diversité des races locales, de plus en plus évincées par des races introduites pour leur plus forte productivité en lait et viande.

Au Sénégal, AVSF soutient des organisations d’éleveurs pour mieux valoriser le bétail ruminant endémique (la race Ndama par exemple) et démontrer sa compétitivité tant sur les marchés que pour la résilience des populations face à des chocs climatiques ou économiques. Race de petit format, possédant une bonne fécondité, sa vitesse de croissance et sa conformation satisfaisantes lui confèrent des qualités bouchères indéniables. Cette valorisation se fait à travers l’organisation de concours, d’expositions et de foires spécifiques à ces espèces et races.

À travers ses nombreux projets AVSF agit auprès des paysans du Sud depuis 40 ans pour préserver et reconquérir la biodiversité cultivée et animale et assurer ainsi leur sécurité alimentaire ainsi que celle des populations urbaines qu’ils nourrissent.

DÉCOUVRIR D’AUTRES ACTIONS TERRAINS

Lire notre dossier de fond

(Merci a Kiki Chauvin, le reporter de CPNN pour cet article.)

Youth for climate : 130 scientifiques soutiennent la grève des jeunes pour le climat

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Un article de LCI

APPEL – 130 scientifiques travaillant dans le domaine du climat et de l’environement apportent leur soutien à la grève des jeunes pour le climat qui se tient vendredi 24 mai. Parmi eux Valérie Masson-Delmotte, Robert Vautard, ou encore Jean Jouzel.

Vendredi 24 mai, des jeunes du monde entier devraient de nouveau descendre dans les rues pour alerter sur le changement climatique, ils pourront compter sur le soutient de 130 scientifiques qui ont annoncé soutenir la grève des jeunes pour le climat. Le mouvement doit alerter sur “la fulgurance du changement climatique” et le non-respect des engagements pris, citant le cas de la France.

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Question for this article:

Despite the vested interests of companies and governments, Can we make progress toward sustainable development?

How can we ensure that science contributes to peace and sustainable development?

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“Nous, scientifiques dans le domaine du climat et de l’environnement, sommes solidaires des collégiens, lycéens et étudiants qui se mobilisent. Comment ne pas être inquiets du monde qui se prépare ?”, s’alarment les scientifiques, dont les climatologues Valérie Masson-Delmotte, Robert Vautard, Jean Jouzel, Gilles Ramstein, la paléoclimatologue Elsa Cortijo et d’autres chercheurs de l’Institut Pierre Simon Laplace (ISPL), de recherche en sciences de l’environnement.

“Depuis près de 30 ans, le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat ) et de très nombreuses études scientifiques alertent sur la fulgurance du changement climatique (…), mais rien ne change”, constatent-ils. “Dans notre pays où l’accord de Paris a été signé, ce qui est hautement symbolique, les engagements pris ne sont pas respectés“, poursuivent-ils.

“Nous soutenons la mobilisation des jeunes générations, qui vont être confrontées demain à un monde rendu plus difficile à cause de l’inertie d’aujourd’hui”, indiquent les scientifiques, qui se disent “disponibles pour apporter (leur) expertise et (leurs) connaissances à cette mobilisation”. Jeudi, le site youthforclimate.fr, en plein scrutin européen, des appels à la grève étaient répertoriés dans plus de  2.260 villes réparties dans 90 pays, dont une centaine de villes en France.

En France, plus de 85 associations et syndicats ont rejoint l’appel à se mobiliser ce vendredi. Pour les salariés ne pouvant pas se joindre aux marches, le collectif “Citoyens pour le climat” suggère d’aller travailler avec un brassard pour soutenir les grévistes ou d’interpeller son employeur sur le réchauffement climatique et le déclin de la biodiversité. Le lendemain, d’autres marches à pied ou à vélo sont prévues dans 80 villes, essentiellement en France, mais pas à Paris.

France: Gilets Jaunes. Soixante Jours Qui Ont Tout Bousculé

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Un article de Pierre Duquesne avec Cécile Rousseau dans L’Humanité

Depuis le 17 novembre, les gilets jaunes ont remis sur le devant de la scène le monde populaire, révélé l’ampleur de la crise démocratique. Une mobilisation inédite qui a donné un coup d’arrêt au quinquennat d’Emmanuel Macron.

Emmanuel Macron aime, décidément, les petits villages normands. Avant de débattre sept heures durant dans un gymnase du Grand-Bourgtheroulde, mardi, il avait fait une halte au Berd’huis, petite bourgade de l’Orne, en avril 2018, pour un rendez-vous avec Jean-Pierre Pernaut. Cela semble d’un autre temps. Un an après son élection, le président se sentait puissant. Aux syndicats qui luttaient contre la transformation de la SNCF, il prévenait qu’il irait « jusqu’au bout ». Aux étudiants et lycéens qui ferraillaient contre la logique de sélection de Parcoursup, il balançait qu’ils feraient mieux d’aller réviser. « Il n’y aura pas d’examen en chocolat dans la République », ajoutait-il, depuis une classe de CE2. Sans vergogne, il disait « merci » aux retraités de perdre des revenus du fait de la hausse de la CSG.

« Beaucoup de chemin a été parcouru mais il y a encore immensément à faire », disait-il alors. Les capitalistes ne pouvaient lui donner tort. Pour eux, le bilan était déjà amplement positif. L’ISF portant sur les placements financiers a été rayée d’un trait de plume. La flat tax, anglicisme utile pour masquer la fin de la progressivité de la fiscalité sur le capital, venait de passer comme une lettre à la poste. En 2019, le Cice gravé dans le marbre va rendre 40 milliards d’euros aux entreprises. Les difficultés ? Elles « ne m’arrêtent pas et, je ne suis pas naïf, je les avais même préméditées », déclarait, gonflé à bloc, le président des ultrariches. Il n’avait pas prémédité, visiblement, que la colère sociale jaillirait sur les ronds-points, que le cri d’une plus grande justice fiscale retentirait sous les fenêtres de l’Élysée, entièrement barricadé. Ni que cette contestation ruissellerait partout, sortant du lit habituel des défilés République-Nation, pour inonder les rues huppées de la capitale.

« C’est un moment central du quinquennat »

L’histoire dira quand le quinquennat d’Emmanuel Macron aura basculé réellement. Le 17 novembre ? Le 1er décembre, quand les émeutes enflammèrent les quartiers chics de l’Ouest parisien ? Ou le 10 décembre, lorsque, pour la première fois, Emmanuel Macron a reculé, après un exercice de contrition télévisé. « Le monarque a perdu de sa superbe », confiait à l’Humanité, ce soir-là, un gilet jaune de Montabon. Pour le président de la République, tout a changé lorsqu’il fut contraint de fuir sous les lazzis la préfecture incendiée du Puy-en-Velay, encore fumante. « C’est un moment central du quinquennat », confiera-t-il ce soir-là à des députés LaREM.

Plus rien, en effet, ne sera comme avant. Parce que l’on a vu surgir des visages, des figures jusqu’ici restées invisibles. Il fallait voir, sur les barrages ou dans les manifs, les gilets jaunes connectés sur les lives de BFMTV – ses cartons d’audience expliquant peut-être la position conciliante de cette chaîne au début du mouvement – pour comprendre la satisfaction des couches populaires et moyennes de se voir enfin représentées sur le petit écran. A refait surface tout un peuple que certains croyaient englouti pour toujours dans le « cauchemar pavillonnaire » (1), où un « prolétariat pacifié » aurait succombé au culte de la marchandise et de la propriété des zones périurbaines. Un « huis clos de l’ego » où l’on vivrait « ensemble séparé » dans une routine bien balisée, loin des manifs et des luttes collectives.

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What is the future of the Gilets Jaunes movement?

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Raté. Des milliers d’employés, d’ouvriers, de salariés ont fraternisé et manifesté pour la première fois. À l’image de Dimitri, menuisier de 31 ans, croisé samedi dernier sur les Champs-Élysées. « Je n’avais pas voté depuis Chirac et encore, parce que ma grand-mère m’y avait poussé ! Je ne m’intéressais pas à la politique mais j’ai participé dès le 1er acte des gilets jaunes parce que je ne peux plus continuer à vivre dans cette société inégalitaire. À Poissy, on s’est organisé en collectif, on fait des distributions de tracts dans la région pour éveiller les consciences. En manifestation, j’ai rencontré tous les métiers, des chômeurs, des brancardiers, des jeunes, des vieux… » Ce mouvement laissera des traces chez lui, et pas simplement parce qu’il a été violenté par la police, lors de l’acte IV. Cet habitant de Carrières-sous-Poissy (Yvelines), gagnant 1 700 euros par mois, en est sorti avec une blessure au genou, un téléphone cassé et la détermination qu’il ne lâcherait rien. « J’étais choqué, mais je suis passionné par ce mouvement, par cette volonté de trouver la bonne manière d’être juste. Comme Macron a déjà reculé sur la taxe carbone, il faut continuer. » Cette politisation expresse le pousse, aujourd’hui, à réclamer un changement de Constitution, estimant désormais que le référendum d’initiative citoyenne (RIC) ne « va pas assez loin ».

Plus rien ne sera comme avant, car ce mouvement mêle les revendications sociales et démocratiques. Là encore, c’est du jamais-vu. Le mouvement n’est pas né dans une entreprise, soulignait, visiblement soulagé, le patron des patrons, Geoffroy Roux de Bézieux, le 12 décembre, lors d’une cérémonie à l’hôtel Georges V. « Et d’ailleurs, le siège du Medef, souvent la cible des manifestations de travailleurs, a été totalement épargné par les gilets jaunes », ajoutait-il, avant de remettre un prix à plusieurs PDG, dont ceux de la Française des Jeux, de Veolia, d’Atos (Thierry Breton) ainsi qu’à Frédéric Oudéa (Société générale) (2). Sauf que ce mouvement, s’il a effectivement débordé les grandes centrales syndicales, ne peut toutefois être détaché du monde du travail, confiait, au début du mouvement, Benoît Coquart, sociologue à l’Inra. « J’ai échangé avec une salariée d’Amazon, croisée sur un rond-point. Autour du brasero, elle racontait comment il est très difficile de se syndiquer, de porter des revendications, dans cette entreprise où il y a beaucoup d’intérimaires et de CDD. Ce qu’ils ne peuvent plus faire dans leur entreprise, ils peuvent le faire via ce type de mouvement qui, à première vue, se déroule hors du monde du travail », rapporte ce chercheur. « Macron on assurera l’intérim », pouvait-on lire sur un mur de Dijon, entre deux slogans demandant la démission du chef de l’État.

« Le premier mouvement social du nouvel âge global »

Quant aux concessions lâchées par Emmanuel Macron, le 10 décembre, elles n’ont pas ému le patron du Medef. « C’est vrai que 15 milliards d’euros, cela fait beaucoup. Mais si cela permet de retrouver la paix civile, cela vaut le coup », a-t-il déclaré, avant de citer Lénine : « Il faut toujours être un pas devant les masses. »

Plus rien ne sera comme avant, car, pour la première fois depuis longtemps, les classes dominantes ont eu peur devant ce « monstre qui a échappé à ses géniteurs », ces « factieux », « séditieux » (Christophe Castaner) ou face à cette « foule haineuse » (Emmanuel Macron). Mais la stratégie répressive (lire ci-contre) n’a pas suffi à éteindre les défilés qui ont continué entre Noël et le Nouvel An. « C’est peut-être le premier mouvement social du nouvel âge global, défini par Saskia Sassen. Cet âge où les États ont volontairement délégué certains de leurs pouvoirs à l’Union européenne ou à des agences administratives indépendantes, éloignant d’autant la décision du citoyen », analysait Danielle Tartakovsky, historienne et spécialiste des mouvements sociaux, aux Échos. Mais la grande force de ce mouvement, qui a fédéré sous l’accessoire protecteur du gilet jaune des individus aux visions politiques très larges, pourrait constituer sa faiblesse pour la suite. Et s’il porte pour l’instant des revendications égalitaires et plutôt progressistes, c’est encore loin des forces qui inscrivent leur pas dans la longue histoire du mouvement ouvrier. Reste à savoir aussi quels en seront les débouchés sur le terrain de la politique institutionnelle. Bref, tout reste à faire pour inscrire définitivement 2018 dans la lignée de 1995, 1968, 1936 et 1789, comme le clamait récemment une pancarte de gilets jaunes.

(1) Le Cauchemar pavillonnaire, Jean-Luc Debry, l’Échappée, 2014. (2) Challenges, 12 décembre 2018.

(Merci a Kiki Chauvin, le reporter de CPNN pour cet article.)